Le Temps: Dans le passé, a-t-on déjà observé des cas de grippe aviaire chez les oiseaux en Suisse?

Frédéric Eynard: Oui, le dernier cas a été signalé dans les années 1930. Comme toute forme de peste aviaire doit obligatoirement être déclarée auprès de l'Office vétérinaire fédéral (OVF), d'éventuels autres cas plus récents n'ont pu nous échapper. Ce virus ne frappe donc pas actuellement les volailles qui sont élevées dans nos régions.

– Le risque que la Suisse soit contaminée par certains oiseaux migrateurs est-il important?

– Non, il est au contraire très faible. Pour l'instant, aucun élément tangible ne permet de prouver que ces volatiles sont susceptibles de transporter un tel virus sur de longues distances.

– La grippe aviaire est-elle transmissible d'homme à homme?

– Le virus est apparu pour la première fois en 1997 à Hongkong. Depuis lors, seuls trois cas de transmission d'une personne à une autre ont été suspectés. Mais la faiblesse de ce nombre et l'absence d'une contamination en chaîne ne prouvent pas que le virus n'est pas transmissible d'homme et d'homme.

– Le virus H5N1 peut-il déclencher une épidémie humaine dans nos régions?

– Cela pourrait effectivement se produire lors d'une pandémie. Mais il est impossible de prédire quand cela pourrait avoir lieu ni quel serait le virus responsable. Car il faut savoir que si le H5N1 est susceptible de déclencher une pandémie, d'autres virus pourraient également être à l'origine de ce scénario catastrophe. Toutefois, pour qu'une épidémie se déclare à l'échelle mondiale, trois conditions principales doivent être réunies: premièrement, il faut qu'un nouveau virus d'influenza pour l'être humain apparaisse; deuxièmement, ce dernier doit entraîner une grave maladie chez l'homme; enfin, il doit être facilement transmissible d'une personne à une autre. Or, actuellement, le virus H5N1 ne répond pas au dernier critère. Mais il inquiète en raison d'éventuelles mutations qui pourraient le rendre responsable d'une tragédie humaine.

– Quels sont les moyens mis en œuvre par la Confédération pour lutter contre une éventuelle pandémie de grippe en Suisse?

– Cela fait déjà une dizaine d'années que la Confédération se prépare à une pandémie de grippe en menant de front plusieurs actions. A l'échelle nationale, le Département fédéral de l'intérieur a, depuis 1995, mis en place un groupe d'experts chargé de définir des stratégies de lutte, ainsi que différentes mesures à mettre en œuvre. D'autre part, une bonne surveillance du virus de la grippe dans toutes ses déclinaisons est effectuée par le dispositif Sentinella. Celui-ci est composé de médecins suisses, chargés de recenser les différents cas de grippe frappant la population. Les résultats de ces observations sont ensuite analysés au Centre national d'influenza, à Genève. Parallèlement, un plan de pandémie comprenant une série de recommandations est régulièrement mis à jour et des campagnes de vaccination contre la grippe saisonnière sont renouvelées chaque année. Enfin, depuis 2004, l'Office fédéral pour l'approvisionnement économique du pays est responsable de la constitution de réserves obligatoires de Tamiflu pour répondre à une éventuelle pandémie de grippe.

– La Suisse dispose-t-elle des quantités suffisantes de ce médicament en cas de pandémie?

– D'ici à la fin 2005, la Suisse en disposera en quantités suffisantes pour la prophylaxie du personnel soignant, ainsi que pour traiter 25% de sa population en cas de pandémie.

– Dans combien de temps la Suisse peut-elle espérer avoir un vaccin?

– Des recherches sont en cours, mais il faudra encore compter plusieurs mois avant la mise en vente d'un produit efficace. Depuis le

12 août 2005, la Suisse a émis un appel d'offre international, afin de pouvoir acheter une petite quantité de vaccins dès leur lancement sur le marché. En cas d'épidémie, 100 000 personnes parmi les plus touchées pourraient alors bénéficier de ce remède.