Une épidémie d'oreillons a touché la Suisse cet hiver. L'an 2000 a enregistré pas moins de 31 000 cas, contre seulement 8000 en 1998, comme l'indiquent les dernières statistiques publiées par l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). Ce dernier estime d'ailleurs que de telles flambées de la maladie sont caractéristiques des pays où la couverture vaccinale est insuffisante. «Quand la population d'enfants non vaccinés atteint un certain seuil, des épidémies apparaissent, explique Jean-Luc Richard, collaborateur scientifique à l'OFSP. Ensuite, la couverture augmente par la force des choses et la situation se calme pour quelques années. Puis le cycle recommence lorsque le stock d'enfants susceptibles de développer la maladie est de nouveau assez grand.»

«Cette épidémie n'est pas une surprise, on l'avait même prédite», regrette Paul Bouvier, responsable du Service de la santé et de la jeunesse à Genève. En effet, en Suisse la couverture vaccinale contre les oreillons oscille entre 80 et 85% (la situation est identique pour la rougeole et la rubéole puisque les enfants reçoivent les trois vaccins en même temps). L'idéal serait 95%, comme cela existe dans certains pays scandinaves. «Normalement, on ne devrait plus entendre parler de ces maladies chez nous, poursuit Paul Bouvier. Mais il y a toujours entre 15 et 20% des parents qui refusent d'immuniser leurs enfants. Une étude dans le canton de Vaud a montré que la grande majorité d'entre eux sont des gens adeptes de thérapies alternatives comme l'homéopathie. Des milieux où les vaccins sont fortement critiqués. Résultat: une épidémie de temps en temps et, fait rarissime à Genève, un cas récent de rougeole qui a entraîné des complications et qui laissera à la victime des séquelles neurologiques graves pour le restant de ses jours. C'est vraiment trop dommage.»

Trois vaccins contre les oreillons sont utilisés en Suisse. Certes, aucun d'entre eux n'est efficace à 100%. De plus, le rendement d'un des trois – fabriqué par l'entreprise Berna – s'est avéré insatisfaisant à l'usage. La vaccination «naturelle», celle que l'on acquiert en développant la maladie, est quant à elle plus efficace. Mais on ne peut pas s'en satisfaire. «Les gens oublient souvent que les oreillons, et c'est encore plus vrai pour la rougeole et la rubéole, ne sont pas une maladie banale, précise Jean-Luc Richard. Elle peut notamment provoquer une pancréatite ou une méningite.»