C'est une région de l'Asie centrale à cheval sur trois Etats de la défunte Union soviétique: l'Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Kirghizistan. Plus de huit millions d'habitants vivent dans la vallée de Ferghana, principalement de la culture du coton et du blé. Mais les récoltes sont fortement péjorées en raison d'un excès d'eau, conséquence d'une technique d'irrigation désastreuse.

La Suisse n'a pas attendu l'année internationale de l'eau pour s'attaquer au problème. Depuis 2001, la Direction du développement et de la coopération (DDC) finance un vaste projet de gestion intégrée des zones irriguées de la vallée, dont la première phase qui court jusqu'à 2004 est dotée d'un budget de 1,8 million de francs.

Ce programme ambitieux passe par un drastique changement de mentalités au sein d'une population déjà fort désœuvrée. Pour survivre, elle doit consentir à s'impliquer davantage dans un partage de l'or bleu qui se veut plus équitable.

Iskandar Abdullaev, chercheur à l'International Water Management Institute (IWMI) à Tachkent (Ouzbékistan), est l'un des moteurs du projet. Il participait la semaine dernière à un cours s'adressant aux spécialistes de gestion de l'eau de pays en développement, qui se tenait au Centre d'hydrogéologie de Neuchâtel. Vingt-trois Etats se trouvaient représentés à l'événement organisé avec le soutien de la Banque mondiale, du Programme de développement des Nations unies et de l'Institut international d'ingénierie environnementale et hydraulique à Delft (Pays-Bas).

Venus d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine, les 25 participants étaient également formateurs dans leurs propres pays. Et parvenaient à un même constat. Ce n'est pas tant le manque d'or bleu qui préoccupe les esprits, que le mauvais partage des ressources. En clair, les utilisateurs s'ignorent mutuellement, les champs sont irrigués sans tenir compte des besoins des autres membres de la communauté.

Réforme en profondeur

Dès lors, une réforme en profondeur se dessine, en attaquant le problème à sa source: les canaux. Or la population de la vallée de Ferghana, encore fortement influencée par le lourd passé soviétique, a de la peine à se détacher d'une politique hydrologique jadis hautement centralisée et dictée depuis Moscou. «Les cultivateurs se contentaient, à l'époque, de suivre les indications de la coopérative agricole locale, le kolkhoze, et de son chef. Ils n'étaient jamais consultés, déplore Iskandar Abdullaev. Aujourd'hui, on leur demande de s'investir, de se rencontrer.»

Avec des solutions simples, qui passent par une circulation en boucle à l'intérieur des canaux d'irrigation ou par un épandage de purin régulier dans les champs, les besoins en eau ont diminué de 15 à 20%.

Le deuxième niveau d'action que mènent l'IWMI et la DDC avec le concours de l'ICWC, un organisme qui coordonne les activités de gestion de l'eau en Asie centrale, concerne la mise en place d'associations regroupant tous les utilisateurs situés autour d'un même bassin. L'enjeu est un partage équitable des ressources hydrologiques.