Délinquance

Les Suisses de 15 ans? Doux comme des agneaux

De Zurich à Lausanne, les jeunes commettent beaucoup moins de délits qu’il y a dix ans

Les jeunes suisses de 15 ans? Doux comme des agneaux

Délinquance De Zurich à Lausanne, les jeunes commettent beaucoup moins de délits qu’il y a dix ans

Les chiffres de cette belle évolution et ses possibles raisons

En Suisse, les jeunes sont moins violents qu’avant. Comme d’autres médias, Le Temps a déjà relayé cette bonne nouvelle ce printemps avec des chiffres éloquents (LT du 22.05.2015). Pourtant, l’impression générale, le sentiment dominant n’a pas intégré ce constat réjouissant. C’est que, expliquent les spécialistes, le seuil de tolérance à la violence diminue en même temps que la violence. Ainsi, le citoyen peut continuer à se sentir menacé, même si les agressions des mineurs ou entre mineurs sont en nette régression. Ceci d’autant que le pic de débordements souvent alcoolisés enregistré il y a dix ans a été très commenté, analysé, avec cette double conséquence: une mobilisation massive des grandes villes en faveur de la prévention, très bien. Un inconscient collectif marqué par l’association «jeunes, biture express, vandalisme ou coups et blessures», moins bien.

Alors, reprenons et commentons ces chiffres qui racontent une jeunesse plus sereine. Déjà, précise Olivier Guéniat, chef de la police judiciaire neuchâteloise, ces sondages réalisés auprès des jeunes de 15 ans ne sont pas contestables, car ils sont effectués par des instituts universitaires à Zurich et Lausanne qui travaillent en toute liberté, à l’écart de la politisation des débats sur la sécurité. Alcool, brigandages, rackets, lésions corporelles: dans tous ces domaines, les sondages témoignent de baisses importantes en 2014 par rapport à 2004, jusqu’à un –61% dans la consommation d’alcool hebdomadaire des ados lausannois! «Indéniablement, les jeunes veulent vivre plus sainement», se réjouit Olivier Guéniat.

Mais encore? Que disent précisément ces chiffres délivrés par l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive (IUMSP) à Lausanne et l’Unité de recherche criminologique de la chaire de sociologie, à Zurich? A Lausanne, on note une diminution de 28% des lésions corporelles (–23% à Zurich) et une baisse de 40% du racket (–34% à Zurich). Le nombre de vols aussi a chuté. Il y en a 32% de moins à Lausanne, 38% à Zurich. Pareil pour le vandalisme. Il y a 42% de casse en moins qu’en 2014 sur le domaine public lausannois, tandis qu’à Zurich, on atteint les 56% de diminution de ces déprédations.

Ceci explique peut-être cela: la consommation hebdomadaire d’alcool, de tabac et de cannabis a diminué dans les mêmes proportions. A Zurich, en 2014, les jeunes ont moins bu (–24%), moins fumé (–41%) et moins consommé de cannabis (–15%) qu’en 2004. Idem pour Lausanne qui annonce une diminution de 23% pour la cigarette, de 46% pour le cannabis et ce record de –61% pour l’alcool.

Tout n’est pas rose pourtant au pays des ados. L’étude lausannoise basée sur 2665 élèves dans l’ensemble du canton de Vaud montre une augmentation de la brutalité dans l’intimité des couples. Plus de jalousie en général, plus de coups et de gifles de la part des filles, plus de machisme chez les garçons. Sonia Lucia, auteur de l’étude lausannoise, plaide pour que les écoles sensibilisent les jeunes à l’égalité entre les sexes, en marge des autres messages de prévention.

Quoi qu’il en soit, la violence publique est en net recul et, face à cet «effondrement de la délinquance», dixit Olivier Guéniat, on se demande d’une part quelles sont les raisons de cette spectaculaire amélioration et, d’autre part, ce qu’est devenue cette violence qui ne descend plus dans la rue. Concernant les motifs, Olivier Guéniat, chef de la police judiciaire neuchâteloise, en voit trois. Déjà, les jeunes sortent moins en bande, se rendent moins dans les concerts ou les bars, car «ils sont reliés entre eux par les réseaux sociaux et peuvent être ensemble virtuellement, sans se rassembler concrètement.» Ce chacun chez soi réduit forcément les débordements. Ensuite, la diminution de l’alcool est un facteur déterminant, car «alcool et passage à l’acte sont très corrélés», précise le criminologue. Enfin, le programme de prévention nationale qui a été ventilé différemment selon les écoles et les cantons est aussi à l’origine de cette mutation.

Philippe Gudin, directeur du très huppé internat Le Rosey, à Rolle, voit encore une autre raison. A 62 ans, l’enthousiaste pédagogue annonce trente-cinq ans dans l’éducation et l’encadrement d’enfants et d’adolescents. «J’ai vu un net changement dans les attitudes des plus âgés, les pensionnaires de 15 à 18 ans, commence le directeur. Dans les années quatre-vingt, les élèves les plus populaires étaient ceux qui contestaient les règles et se moquaient des résultats scolaires. Aujourd’hui, les leaders sont les adolescents qui ont les meilleurs résultats et sont zélés. C’est très frappant.» Philippe Gudin, qui se donne pour mission de «développer tous les talents des enfants à travers un enseignement scolaire, mais aussi à travers des apprentissages artistiques et sportifs», explique ainsi cette évolution: «Il y a vingt, trente ans, les élèves ne se souciaient pas de leur carrière, ils vivaient dans le présent. Aujourd’hui, nos jeunes sont très préoccupés par leur avenir et celui de la planète, ils ambitionnent d’être parmi les meilleurs pour réussir. Du coup, ils sont très attentifs, ne font pas de vagues et se mettent une grande pression.»

Trop? Ces jeunes qui sortent moins et travaillent plus seraient-ils des bombes à retardement? De futurs adultes constamment au bord du collapse? «Non, on ne peut même pas craindre un tel scénario, sourit Olivier Guéniat. Car, c’est peut-être étonnant, mais les adolescents reflètent simplement le sentiment de bien-être partagé par leurs aînés. Il faut savoir que, contrairement au mantra médiatique, une enquête a montré que 91% des Suisses se sentent en sécurité. Autrement dit, au-delà d’une certaine mythologie et d’une récupération politique, les adultes vont plutôt bien et les ados qui fonctionnent en miroir, partagent cet état.» Le criminologue, qui excelle dans le sujet, poursuit: «La Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse vient de réaliser une enquête auprès de jeunes de 17 ans. D’abord, le taux de retour des formulaires, très élevé, a témoigné d’un grand intérêt. Ensuite, il en est ressorti que cette génération est terriblement conformiste, respectueuse d’autrui et travailleuse, et ceci des deux côtés de la barrière linguistique!»

Finie, la Suisse romande dilettante, turbulente et poète. Les adolescents d’aujourd’hui semblent en tout cas bien plus sages et responsables que ce que nous avons été à leur âge…

«Nos jeunes sont très préoccupés par leur avenir et celui de la planète, ils veulent être parmi les meilleurs»

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