«Et en allemand, vous avez quel niveau? Vous lisez facilement l'anglais et le japonais? Vraiment?» Oui, Christian maîtrise ces langues. Il les a apprises dans un institut privé français. Aujourd'hui, il postule pour un emploi dans une banque suisse et, face au scepticisme de ce responsable en ressources humaines, il se prend à rêver à une meilleure coordination de l'apprentissage des langues entre les pays, à un document qui lui permettrait de faire valider ses expériences linguistiques à travers toute l'Europe. Il existe.

Pour marquer l'année européenne des langues, le Conseil de l'Europe (dont la Suisse est membre) a lancé cet outil: le Portfolio européen des langues (PEL). Destiné aux jeunes comme aux adultes, il permet à celui qui le possède de décrire sa formation linguistique et de l'évaluer selon des critères de références standards. Concrètement, le Portfolio se compose de trois parties: un passeport de langues, une «biographie langagière» (qui permet de relater les séjours linguistiques, les contacts avec une personne parlant une autre langue) et un dossier rassemblant différents travaux personnels. Le passeport, élément central du dossier, est identique pour les quinze pays européens participant à cette opération et sa conception a été réalisée par la Suisse et financée par l'Office fédéral de l'éducation et de la science (OFES).

C'est Günther Schneider, professeur d'allemand à l'Université de Fribourg, qui a mis au point l'échelle permettant de classer les compétences dans le passeport: une méthode qui mêle autoévaluation et attestations officielles. Pour évaluer son niveau de langue, le propriétaire du passeport répond à des questions, dans les domaines de l'écoute, la lecture, la participation à une conversation, l'expression orale en continu et l'écriture. Les exemples font appel à des expériences concrètes, aisées à estimer: «Est-ce que je peux facilement raconter un rêve? est-ce que je peux suivre les informations à la télévision?» Six niveaux de compétence sont prévus, de l'utilisateur élémentaire à l'utilisateur expérimenté.

«Cette méthode d'autoévaluation se veut une incitation à se fixer des objectifs dans l'apprentissage, explique Irène Schwob, coordinatrice romande de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l'Instruction publique (CDIP). L'école ou les stages linguistiques y ajoutent des tampons officiels, preuve du passage ou du niveau de l'apprenant. C'est un outil pour rendre compte de ses compétences en langues de manière plus cohérente et plus transparente.»

En Suisse, le Portfolio a été lancé par la CDIP le 1er mars. A cette occasion, de nombreux représentants du milieu de l'éducation, mais aussi du monde professionnel, ont adopté une déclaration pour soutenir la diffusion du Portfolio. Parmi les signataires, on trouve ainsi des délégués de l'Union suisse des arts et métiers (USAM), de l'Union patronale suisse ou de la Fédération suisse des écoles privées (FSEP). Pia Effront, présidente de la FSEP, souligne l'intérêt de ce document sur le plan international, mais aussi en Suisse comme un moyen d'harmoniser les critères d'évaluation entre les cantons. Faisant écho à l'attachement du monde du travail pour le Portfolio, elle affirme qu'aujourd'hui «les compétences linguistiques sont assimilables à d'autres types de compétences qui permettent au travailleur d'escompter des plus-values sensibles en termes d'employabilité et de revenu.»

Pour commander un Portfolio (au prix de 9 francs 80): Berner Lehrmittel und Medienverlag (BLMV), Güterstrasse 13, 3008 Berne. E-mail: blmv@blmv.ch