La taille des ménages en dit long sur une société, son niveau de vie et ses valeurs. L'Office fédéral de la statistique (OFS) s'est ainsi livré à un exercice passionnant en publiant mardi, dans un document intitulé «Scénario des ménages - Evolution des ménages privés entre 2005 et 2030», les chiffres qu'elle détient sur le sujet et en tentant sur leurs bases quelques extrapolations. A l'en croire, la Suisse doit s'attendre à des changements notables, et pas forcément très gais, ces 25 prochaines années.

Les faits, d'abord. La Suisse a connu au XXe siècle une tendance lourde: on y vit en cellule familiale de plus en plus restreinte, et même de plus en plus seul. Aussi loin que remontent les statistiques, la taille moyenne des ménages privés n'a pas cessé de diminuer. Les ménages comprenant une ou deux personnes se sont multipliés au détriment des ménages de trois personnes et plus. Les ménages composés d'une seule personne sont même devenus les plus nombreux à partir de 1990.

Autres chiffres, pareil constat. Entre 1980 et 2000, la population résidant en ménage privé a augmenté de 13,5%. Mais le nombre de ménages privés a augmenté, lui, de 27% (pour atteindre les 3,1 millions). Le nombre de ménages ayant augmenté plus vite que celui des personnes vivant en ménage, la taille des ménages s'est réduite.

Les raisons de cette évolution sont multiples. Les premières, d'ordre purement démographique, sont la baisse de la fécondité et l'augmentation de l'espérance de vie. Ce qui signifie de moins en moins d'enfants d'un côté, de plus en plus de personnes se retrouvant sans progéniture, voire sans conjoint, de l'autre. Les deuxièmes, d'ordre social, sont les nouveaux modes de formation des familles. Les Suisses se marient toujours plus tard, ce qui signifie des ménages à deux, trois ou plus proportionnellement toujours moins nombreux. D'autant que l'accroissement du nombre de naissances hors mariage est resté limité. Les troisièmes sont des taux de divorce élevés, avec un «indicateur conjoncturel de divorcialité passant de 13% à 53% entre 1960 et 2005, et donc la multiplication de familles monoparentales.

Or, ces tendances, à commencer par la hausse de l'espérance de vie et la stagnation de la fécondité, ne donnent aucun signe de ralentissement. L'OFS a par conséquent calculé quels résultats elles donneraient si elles se perpétuaient en l'état jusqu'en 2030.

L'office prévoit qu'entre 2005 et 2030 le nombre de ménages d'une personne augmentera de 34% pour passer de 1,2 à 1,6 million et le nombre de ménages de deux personnes croîtra dans une proportion identique pour passer de 1 à 1,4 million. Le nombre de ménages comprenant trois personnes et plus diminuera en revanche de 10% pour passer de un million à 900 000 (les ménages de cinq personnes et plus décroîtront, eux, de 23%).

Autrement dit, la proportion des ménages d'une personne passera de 36% à 41%, celle des ménages de deux personnes de 32% à 35%. Quant à la part des ménages de trois personnes et plus, elle diminuera dans le même temps de 32% à 24%.

Dans un tel cas de figure, les couples sans enfants seront nettement plus nombreux en 2030 que les couples avec enfants. Les premiers représenteront 32% des ménages privés, contre 21% pour les seconds, alors que les deux types sont aujourd'hui au coude-à-coude, à 28%.

Le type de ménages qui s'apprêtent à connaître la plus forte croissance (78%) est inattendu. La multiplication de personnes n'ayant jamais été mariées, de mères ou de pères seuls (appartenant à des familles monoparentales) dont les enfants devenus adultes auront quitté le foyer et de personnes atteintes de veuvage devrait favoriser la cohabitation de personnes âgées avec d'autres encore plus âgées. Typiquement d'une femme divorcée de 60 ans avec sa mère veuve de 85 ans. Les Suisses vivront d'autant plus avec des vieillards qu'ils auront renoncé à vivre avec des enfants.