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Spectacle

Super Silva, l’acrobate du Cirque Knie qui joue sa vie chaque soir sans filet

Depuis trente ans, Super Silva, 41 ans, voltige dans les hauteurs sans longe de sécurité. Dans les coulisses du cirque, il raconte comment il maîtrise la moindre fraction de seconde d’un numéro qui chaque soir fait trembler le chapiteau. Sa formule: la foi et une discipline impitoyable

Oser, se lancer, défier les lois de la gravité, ne pas craindre pour sa sécurité, pour son intégrité… Au Cirque Knie, cette année, on tremble lorsqu’on regarde, le cœur battant, le numéro de Super Silva. Super Silva? C’est le nom de piste de Joao Wellington Arcoverde Da Silva, Brésilien de 41 ans qui, depuis trente ans, se transforme chaque soir en homme-araignée et voltige sans filet, ni longe de sécurité, à des hauteurs de cathédrale – 14 mètres exactement –, sous le chapiteau du cirque helvétique.

Est-ce bien raisonnable de défier les cieux ainsi? A cette hauteur, la moindre erreur peut coûter la vie. Pourquoi prendre de tels risques quand un filet n’enlèverait rien à la beauté du numéro, mais le rendrait moins barbare? Car, après tout, le public est complice de cette exposition au danger et, pendant les quatre minutes que dure la vertigineuse évolution, on se sent presque coupable d’encourager de tels excès…

On tremble, oui, et on pense à Trapèze. Ce film mythique de 1956 qui vaut sans doute plus pour son casting cinq étoiles (Gina Lollobrigida, Burt Lancaster et Tony Curtis) que pour ses acrobaties. De fortes têtes prétendent même que ce standard hollywoodien n’a qu’un mérite: organiser le concours du collant le plus moulant et aborder l’homosexualité masculine l’air de rien… N’empêche. Pour qui a vu ce classique dans ses innocentes années, Trapèze reste comme le film qui coupe le souffle, qui ose l’impossible. Le film du triple saut, réussi ou raté. Burt Lancaster qui chute, Burt Lancaster condamné à l’immobilité…

Super Silva sourit. «C’est justement pour susciter cette montée d’adrénaline chez les spectateurs que je n’ai ni filet ni longe de sécurité. Et c’est, évidemment, cette prise de risque maximale qui a fait que mon numéro s’est vendu partout en Europe sitôt que je l’ai montré au Festival de Monte-Carlo, il y a cinq ans.» Même pragmatisme du côté de la direction de Knie. «Super Silva est assuré selon les prescriptions de la loi fédérale sur l’assurance accidents (LAA). L’artiste se charge, comme les autres, de l’installation et de l’entretien de son matériel, dont il vérifie personnellement l’état», détaille Frédy Knie junior quand on l’interroge sur le péril de cette prestation. Contrairement à la société, le monde du cirque vit très bien avec l’idée du danger.

Un danger que cet homme-araignée décline en deux figures clés. Le saut d’un trapèze à l’autre, avec, à un instant, fatalement, le vide pour seul horizon. Et la marche la tête à l’envers où l’acrobate se déplace suspendu le long d’une dizaine de sangles, en se retenant uniquement par les pieds. «Cette figure est la plus difficile, car c’est très fatigant. Sinon, je redoute encore le moment où je fais la planche sur le trapèze. Là, le moindre déséquilibre peut entraîner la chute.»

L’artiste sait de quoi il parle. Deux fois déjà, il a connu le point de vacillement. «Les deux accidents se sont déroulés au Brésil et étaient liés à des problèmes de matériel, explique Super Silva. Le premier, il y a quinze ans, est arrivé à cause d’un trapèze trop léger. Lorsque j’ai voulu le saisir, il s’est échappé, et je suis tombé d’une hauteur de 8 mètres. Sans gravité, seul mon bras était blessé. Le deuxième, plus sérieux, a eu lieu cinq ans après. La sangle qui tient le trapèze a lâché et j’ai fait une chute de 11 mètres. Là, je souffrais de la tête, d’un bras, d’une clavicule et des côtes. Mais dans les deux cas, je ne me suis arrêté qu’une année. Depuis, je vérifie moi-même mes installations avant chaque représentation.» On le comprend.

A quoi pense Super Silva avant d’affronter les hauteurs? «Je fais le vide, je me concentre à 100%, et je prie beaucoup. Ma protection, c’est la main de Dieu.» Pratique-t-il une technique particulière comme la sophrologie pour garantir le sans-faute? «Non, je pratique uniquement des sports pour me maintenir en forme, vu qu’à 41 ans, personne ne fait plus ce numéro. Je soulève des poids, je fais des abdos, je joue au football. Et je mange aussi sainement, de la salade, des fruits, le matin, de bonnes viandes. Mon seul péché mignon: une bière après le spectacle! Mais pas de méditation, ni de sophrologie. Ma foi est mon filet.»

Super Silva s’exprime en portugais avec un appétit manifeste pour le récit. La traductrice se prend au jeu de la discussion. C’est que l’artiste fascine, emmène son auditoire dans un univers intense, rempli d’obstination et de sensations. Le cirque, Joao est né ­dedans, au Brésil, dans l’Etat de Pernambouc. Son père est clown, sa mère, ballerine. Le cirque les use prématurément. A 8 ans, Joao est orphelin, mais pas dégoûté. D’instinct, il reprend plus qu’il apprend le numéro de l’homme-araignée, «un numéro très célèbre et très ancien au Brésil». Tout d’abord, le jeune artiste de 10 ans s’assure avec une longe de sécurité, puis, lorsqu’il devient professionnel, il comprend que s’il veut se distinguer, il doit oser le risque maximum. «J’en ai fait ma marque de fabrique et, sauf erreur, il n’y a qu’un seul autre acrobate brésilien qui évolue sans filet», précise-t-il.

Bientôt, Super Silva pourra cesser ses prières. Pour lui, en tous les cas. Car un de ses deux fils, celui de 24 ans, a repris le métier de trapéziste au Brésil. «Le deuxième est clown. Avec eux, je souhaite ouvrir un cirque familial en 2015 et à ce moment-là j’arrêterai de faire l’homme-araignée. C’est pour ce projet de famille que je suis venu en Europe, il y a cinq ans, après les Etats-Unis. Ici, je gagne en un jour ce que rapporte une semaine de solde chez moi. Avec ces économies, je pourrai lancer ma propre affaire de retour au Brésil, qui est la patrie du cirque. Il faut savoir que, dans ce pays, il peut y avoir plusieurs cirques dans une même ville en même temps et ils sont toujours pleins!»

Pour le moment, huit mois par année, Super Silva joue avec le vide et les nerfs du public européen. «Le public suisse est exceptionnel, très encourageant et très expressif. Rien à voir avec le public allemand qui est nettement plus réservé… Comme je ne peux pas vraiment garantir aux proches que je serai encore vivant demain, les spectateurs comptent beaucoup pour moi. Ce moment de suspense et de partage, entre leur peur et mon numéro, c’est toute ma vie.»

Knie, du 26 septembre au 9 octobre à Lausanne, puis à Vevey, Aigle et Sion. www.knie.ch

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