Il revient de loin, ce brave arbuste. L'agriculture moderne l'a condamné comme une broussaille envahissante dans une nature tirée au cordeau, le traquant d'une tronçonneuse impitoyable. Pourtant, il a fait partie pendant des millénaires de la cuisine et de la pharmacopée des hommes, et aussi de leur arsenal spirituel: le sureau était réputé chasser les mauvais esprits et protéger contre les éclairs…

Aujourd'hui, la réhabilitation est spectaculaire. Hier à Venthône, au-dessus de Sierre, Maurice et Marie-Christine Masserey plantaient les derniers des 5000 arbustes mis en terre en Suisse entre 2001 et 2002, pour répondre aux besoins de Ricola. L'entreprise bâloise, en effet, qui exporte ses produits dans 50 pays, a de grands besoins en plantes aromatiques et médicinales indigènes. Elle donne en effet la priorité aux matières premières issues du pays pour ses spécialités aux herbes, a rappelé hier son CEO, Felix Richterich, en favorisant les régions de montagne. C'est ainsi que 2500 arbres ont été plantés en Suisse centrale, et le même nombre en Valais. Au total, 18 producteurs récolteront le sureau qui entre dans la composition de plusieurs préparations telles que bonbons et infusions, dont 13 en Valais.

L'entreprise familiale n'a eu aucune peine à recruter des agriculteurs intéressés par cette nouvelle culture. Il faut dire que les conditions sont intéressantes: Ricola finance l'achat des plants et les frais de plantation, et fournit une aide financière jusqu'à la première cueillette, trois ans plus tard. Ensuite, le producteur peut compter sur un contrat d'achats fermes d'une durée de huit ans.

En contrepartie, le producteur doit respecter un cahier des charges très rigoureux. Les directives pour la culture (bio), la récolte et le séchage des fleurs doivent être scrupuleusement respectées. Pour Ricola, il s'agit de conserver une traçabilité complète des produits, jusqu'au paysan qui a livré la plante séchée. «Notre expérience nous a permis de constater qu'en comparaison avec les produits internationaux, la qualité de nos produits indigènes est nettement supérieure», dit Felix Richterich.

Pour les paysans de montagne, cette diversification est évidemment bienvenue, l'exemple du couple Masserey est éloquent à cet égard. En 1983, de retour du Canada, ils achètent du terrain pour développer la culture de plantes médicinales, déjà sous l'impulsion de Ricola. De 1500 m2 de thym et de sauge en 1984, ils sont arrivés aujourd'hui à 5 hectares, abandonnant parallèlement la vigne qui leur apportait un complément de revenu. Maurice Masserey est membre du comité de Valplantes, la coopérative partenaire de Ricola qui regroupe 140 sociétaires. En 2002, ils ont produit 120 tonnes de plantes séchées et près de 9 tonnes de plantes fraîches, sur une surface totale de 40 hectares. Le chiffre d'affaires s'est élevé à 2,8 millions.

Le succès de la production de plantes aromatiques et médicinales en Valais repose sur

trois piliers: le soutien actif de

la marque aux bonbons, l'enthousiasme obstiné de Valplantes, et l'engagement du Centre de recherche en productions végétales de Changins. C'est en pionnier que Charly Rey a contribué au développement de ces cultures, en recherchant et sélectionnant les espèces les plus adaptées aux sols et aux microclimats locaux, mais aussi en développant des techniques de culture biologique adaptées à la montagne. Pour le sureau précisément, Charly Rey a sélectionné la variété Haschberg à grandes ombelles, qui donne dès la troisième année plus d'un kilo de fleur sèche par arbre.

C'est ainsi que ces prochains étés, les fleurs blanches et odorantes du sureau ne se cantonneront plus aux haies vives et aux lisières de forêts, mais s'étaleront sur de vastes surfaces, en bordure de champs fleuris et odorants de plantes aromatiques, déjà devenus buts d'excursion appréciés.