La ville de Baia Mare serait-elle maudite? La question hante les Roumains depuis qu'un tueur en série sème la panique dans cette ville qui, en février, a été le théâtre d'un accident écologique. Après l'empoisonnement du Danube au cyanure, voilà qu'un criminel non identifié en est à sa huitième victime. Les journaux roumains accordent une large place à cette série de crimes et tiennent l'opinion publique en alerte.

Ce «Jack l'Eventreur» à la roumaine vise exclusivement les sans-abri qui mendient dans les rues de Baia Mare. Le criminel met à chaque fois en œuvre le même scénario puisque toutes les victimes sont décédées pour cause de coups portés à la tête. Sur les huit corps trouvés par la police, trois seulement ont pu être identifiés. Le premier crime date du mois de mars, mais le cadavre n'a été découvert qu'il y a deux semaines. La police n'exclut pas l'existence d'autres victimes dont les corps auraient pu être enterrés par le tueur. Les bords de la rivière Sasar, qui traverse la ville de Baia Mare, sont passés au crible par les enquêteurs puisque sept corps sur huit ont été retrouvés dans les buissons qui longent la rivière.

Pour la première fois en Roumanie, la police a organisé, à la mi-août, une conférence de presse pour avertir la population et tenter de calmer les esprits. Car la panique s'est emparée de la ville de Baia Mare et des scénarios d'horreur circulent de bouche à oreille alimentant encore plus la panique.

Bon nombre d'habitants de Baia Mare ont surnommé le tueur «le médecin fou», persuadés qu'il s'agit d'un chirurgien qui a perdu la tête et s'en prend aux plus démunis. «C'est de la mythologie, s'insurge un policier de Baia Mare, mais on ne peut rien faire pour arrêter les légendes. A mon avis, le tueur pourrait être lui-même un sans-abri. Il y a souvent des bagarres dans ce milieu qui fonctionne selon sa propre hiérarchie et ses règles.» L'avis des psychologues est unanime: le profil du tueur est celui d'un individu psychiquement perturbé, mû par un fort sentiment de vengeance. La répétition du même scénario trahirait un comportement obsessionnel. Plus le serial killer commet de crimes, plus il alimente son illusion de pouvoir. Les sociologues n'excluent pas qu'il puisse s'agir d'un individu à l'état social précaire, influencé par les films d'horreur très goûtés par les chaînes de télévision.

La police se montre plus réservée et poursuit son enquête en état d'alerte. «Nous allons finir par l'arrêter, assure un enquêteur. Mais c'est difficile de rassurer l'opinion publique. Pour l'instant, je ne peux livrer aucun élément de l'enquête.»