C'est la fin d'une aventure qui aura duré soixante-huit ans. Dès la fin de l'année prochaine, Swissinfo, autrefois Radio Suisse internationale, cessera d'émettre définitivement sur ondes courtes. Seul subsistera le site Internet, lequel souffrira également du plan d'économie drastique imposé par la Confédération. D'ici à quelques mois, Swissinfo se séparera en effet de 40 à 50 employés pour n'en compter que 120 suite à la suppression décidée par Berne de sa subvention.

Mesures d'économie obligent, le Conseil fédéral avait annoncé début juillet son intention de supprimer dès 2006 la subvention de 15 millions que la Confédération accordait chaque année à Swissinfo. C'est en décembre que le Conseil national en débattra, avant que le Conseil des Etats ne s'en saisisse au printemps prochain. Pour Swissinfo, le coup sera dur, Berne finançant 45% de son budget, SSR SRG idée suisse injectant les 55% restants.

Nicolas Lombard, directeur de Swissinfo, estime la décision du Conseil fédéral «choquante». «Il nous avait avertis au printemps que sa subvention passerait de 15 à 10 millions, et nous étions prêts à faire les économies nécessaires.» Reste une lueur d'espoir. «Le Conseil fédéral a proposé un changement de la loi sur la radio et la télévision permettant à Swissinfo de toucher une partie de la redevance, ce qui nous mettrait sur pied d'égalité avec les radios et télévisions nationales et assurerait notre survie», analyse Nicolas Lombard.

70% d'internautes de l'étranger

Pour le directeur de Swissinfo, il ne fait aucun doute que la SSR prendra à sa charge l'entier du budget de Swissinfo. Elle pourrait aussi profiter de la future augmentation de la redevance en 2006, pas encore arrêtée, pour financer le site Internet. «La SSR avait déjà entièrement financé notre budget à la fin des années 70, lorsque le Confédération avait dû économiser. Mais j'espère que Berne nous soutiendra à nouveau d'ici 3-4 ans», affirme Nicolas Lombard. Josefa Haas, porte-parole de la SSR, n'est de loin pas aussi catégorique. «Soutenir Swissinfo seuls est une possibilité, mais absolument rien n'est décidé.»

Pour Swissinfo, le passage d'un budget de 38 à 28 millions signifiera la fin de son service radio. En 2001, les Etats-Unis, l'Amérique et l'Australie avaient été les premières régions abandonnées par ses ondes courtes. Les derniers programmes retransmis au Proche-Orient, en Afrique et en Amérique du Sud seront arrêtés d'ici à quelques mois. Swissinfo devrait conserver son savoir-faire en radio pour la production ponctuelle d'émissions au format MP3. Le site Web continuera à être décliné en neuf langues, «mais nous allons améliorer nos synergies avec les sites des télévisions et radios régionales. Il n'y aura absolument aucun doublon», prévient Nicolas Lombard. L'on verrait en effet mal la SSR investir en même temps dans Swissinfo et dans des sites tel tsr.ch, déjà particulièrement complets.

Consulté depuis 130 pays, le site de Swissinfo compte quelque cinq millions de pages vues par mois. «Septante pour cent de nos visiteurs viennent de l'étranger, et je suis convaincu que nous leur apportons le point de vue original sur la Suisse qu'ils recherchent», affirme Nicolas Lombard. Agé de 64 ans, le directeur devait se retirer cette année. «Hélas pour moi, j'ai accepté de continuer jusqu'à fin 2004 car je connais la maison par cœur»,

sourit-il.