Radio Suisse Internationale n'en finit pas de mourir. Celle qui fut élue cinquième radio étrangère la plus crédible aux Etats-Unis par un sondage Gallup en 1973, et qui possédait des émetteurs du Brésil à la Chine, avait été retirée des ondes en octobre 2004 pour ne devenir qu'un site web multilingue. Elle subit aujourd'hui une nouvelle restructuration drastique. Licenciement de 70 à 80 des 120 employés de Swissinfo.org, suppression de toutes les langues hormis l'anglais, fusion de certaines activités avec le télétexte, le coup est extrêmement sévère.

Même absent des ondes courtes, Swissinfo possède aujourd'hui une véritable vocation internationale, avec un site d'information complet décliné en neuf langues, soit l'anglais, l'allemand, le français, l'italien, l'espagnol, le portugais, le chinois, l'arabe et le japonais. En 2006, seul l'anglais subsistera, avec des renvois vers les sites régionaux tel tsr.ch pour le français. La raison? Des économies. Dès l'année prochaine, Swissinfo devra se passer de la subvention annuelle de 15 millions de francs octroyée par la Confédération, pour ne compter que sur les 15 autres millions versés par la SSR. La restructuration est vivement dénoncée par les syndicats, qui exigent d'autres solutions.

Mais pourquoi n'a-t-on pas carrément donné le coup de grâce à Swissinfo? Pour le président de la SSR, Jean-Bernard Münch, Swissinfo doit subsister pour que la SSR remplisse son mandat: «L'information aux Suisses de l'étranger et l'information sur la Suisse pour l'étranger figurent dans la concession. Effectivement, il y aura une légère réduction de l'offre avec la suppression de plusieurs langues. Mais les personnes résidant hors de Suisse ont déjà l'habitude de se rendre sur des sites régionaux. Par exemple, un tiers de l'audience de tsr.ch se trouve hors de nos frontières.»

«Cette décision est inacceptable et choquante, je ne veux pas y croire», martèle Rudolf Wyder, directeur de l'Organisation des Suisses de l'étranger. «La fin de la radio avait déjà été une perte importante, non seulement pour les 620 000 Suisses vivant hors de nos frontières, mais aussi pour l'image de notre pays. Le site offrait jusqu'à présent des informations indépendantes et de qualité aux internautes étrangers. C'est une perte immense contre laquelle nous voulons nous battre.»

Rédacteur en chef de Radio Suisse Internationale de 1991 à 1996, François Gross estime, lui, que le mal avait déjà été fait avec la mort de la radio. «Se concentrer sur le Net avait été un choix élitiste. Faut-il rappeler que l'accès au Web est très difficile en Afrique et dans des pays autoritaires, et que la radio par ondes courtes peut être captée partout? Radio Suisse Internationale était extrêmement appréciée au Proche-Orient et en Asie. Ces décisions sont vraiment regrettables.»

Fini donc la richesse des neuf langues sur le Net, et l'ajout de vidéos et de sons issus des télévisions et radios publiques suisses. Swissinfo ne sera plus qu'un site d'information en anglais, avec, promet la SSR, des contenus spécifiques destinés aux Suisses de l'étranger. Sa restructuration aura des conséquences importantes pour deux autres médias de la SSR, Swiss TXT et les sites web des télévisions, tel TSR.ch. Les quelque 100 employés de Swiss TXT quitteront Bienne pour se répartir entre Berne, Zurich, Lugano et Genève. Ils travailleront désormais en étroite collaboration avec les rédactions des sites régionaux, auxquels ils fourniront des textes. Ces renforts apportés aux sites de la SSR inquiètent les éditeurs. «Nous craignons d'abord que, vu ses moyens, la SSR n'investisse désormais massivement dans ses sites au niveau de l'information écrite, et concurrence ainsi directement les sites web des éditeurs qui, eux, ne touchent aucun centime de la concession, explique Alfred Haas, secrétaire général de Presse romande. Nous ne voulons pas que, à l'avenir, la SSR décide que ses sites doivent être rentables et qu'ils acceptent de la publicité.» Après des débuts difficiles, la publicité en ligne progresse en effet rapidement aujourd'hui.

En écho aux craintes des éditeurs, la SSR a décidé hier de renoncer à la publicité sur ses sites internet. «Notre mission première n'est pas de dégager du profit, mais d'informer, précise Gilles Marchand, directeur de la TSR. Si cette décision peut calmer les inquiétudes des éditeurs, c'est tant mieux. Pour la suite, nous allons poursuivre la mise à disposition de nos émissions sur le site, améliorer l'interactivité, donner des informations complémentaires aux émissions sur le site, et bien sûr continuer à suivre l'information en cours de journée au moyen de nouvelles brèves.»