Je connaissais Swiss, la compagnie qui s’est mariée avec un Allemand pour permettre à nos pilotes de rester en l’air. Swissmetal, qui, aux dernières nouvelles, pourrait bien se retrouver Chinoise d’ici la fin du mois, et Swissmedic, qui contrôle la qualité des petites pilules que nous avalons pour résister au stress de la mondialisation.

Je passe sur Swisswine, Swiss-Ski et Swiss Ice Hockey, lève mon chapeau pour l’association professionnelle qui a eu le bon goût de prendre le nom de Chocosuisse, salue tout de même Swissquote – dans la finance, on cause english ou on la boucle. Et j’en viens un instant à l’ineffable Swisspatat. Je ne l’ai pas trouvé toute seule: c’est une lectrice qui me l’a signalé il y a déjà quelque temps.

Swisspatat, nom que s’est courageusement donné la branche suisse de la pomme de terre, célèbre le tubercule en multimédia, witz spirituels et recettes à l’appui. Swisspatat nous révèle aussi la réalité linguistique profonde de ces appellations «Swiss made»: vous trouverez son site en tapant www.kartoffel.ch.

Mais tout ça n’est que roupie de sansonnet et pipi de chat comparé à Swissinfidelity. J’en ai appris l’existence par un placard en gare de Genève. J’ai d’abord été assez admirative: j’avais toujours vu le lâchage des clients activement invités à venir se mettre à l’abri de notre secret bancaire comme l’un de ces trucs qu’on peut être amené à faire mais dont on ne gagne pas trop à se vanter. Et voici que quelqu’un avait choisi d’en faire un argument de vente, mieux, un label national: la «Swiss», le pays où chaque dépôt bancaire vous donne droit à une paire de cornes. On pouvait dire que c’était audacieux.

C’était aussi faux. J’aurais dû m’en douter à voir la guêpière de la dame qui se tortillait sur l’affiche: l’infidélité qu’elle vendait était exclusivement conjugale. Un site de rencontres spécialisé, en somme, on se demande où nous pêchions nos amants du temps de Labiche et de Feydeau.

Mais pourquoi «swiss»? Pour des raisons que je peine à préciser, la question se pose avec plus d’acuité pour l’«infidelity» que pour la «patat». Quoi qu’il en soit, je suis allée voir sur place. J’entends sur le site www.swissinfidelity.ch, pas plus loin, ne vous emballez pas.

«Swiss», d’après ce que j’ai compris, ne se réfère pas à la clientèle mais aux concepteurs – tous Suisses – et au sérieux du service. Au grand jamais, pour prendre un exemple, le nom «Swissinfidelity» n’apparaît sur les factures envoyées aux clients – il fallait y penser. Mieux, l’expéditeur fictif desdites factures varie de cas en cas pour dépister les conjointes soupçonneuses. Je dis «conjointes» car les hommes sont seuls à payer. Pour les dames, c’est gratuit, comme au bal des pompiers.

En un mot, l’anonymat garanti aux usagers est aussi épais que celui assuré aux clients des banques suisses. En prime, le membre (oui, oui) a droit à une petite leçon de sociologie des mœurs très helvétique: «La population actuelle se lasse plus rapidement des objets, mais également de leur conjoint», est-il benoîtement précisé. C’est vrai: dormir avec la même rombière depuis des années quand on change de téléphone portable tous les six mois, c’est naze. Et puis ce souci de n’apparier que des gens mariés: pas de coureuses de dot ni de faux espoirs, que du coquin assumé, les torchons dans un tiroir, les serviettes dans l’autre. Ça aussi, c’est swiss.

Bref, c’est parfait. Si parfait que j’ai éprouvé le besoin de reprendre le concept. Je vais créer le site www.swisscocus.ch. Les employés de banque dénoncés aux autorités américaines par leur patron y seront les bienvenus.

On se demande où nous pêchions nos amants du temps de Labiche et de Feydeau