Défi relevé

Sylvain et Betty se jettent à l’eau toute l’année

Une à trois fois par semaine, ils se baignent dans le Léman. Une règle qu’ils se sont fixée pour honorer un défi qui améliore leur qualité de vie

La saison des baignades bat son plein et, par cette chaleur, il relèverait plutôt du défi de ne pas se plonger dans le lac que le contraire. Mais nos héros du jour, Sylvain, 43 ans, et Betty, 30 ans, n’attendent pas que la température lacustre dépasse les vingt degrés pour se baigner, ils le font toute l’année. Et si tous deux relèvent la sensation de bien-être qu’ils en retirent, ils ne cachent pas non plus l’effort – tant mental que physique – qu’exige une telle discipline.

Emotion intense au cœur de la ville

«La natation d’hiver est au sport ce que l’héroïne est au cannabis», décrit Sylvain sans avoir peur des métaphores. «Ce que j’y recherche, c’est une émotion intense. Je dois courir une heure quinze pour ressentir des endorphines, je les ai beaucoup plus rapidement lorsque je nage dans de l’eau glacée. Je partage la même sensation que lorsque je faisais du saut à l’élastique; or c’est gratuit et sur le chemin de mon travail, au cœur de la ville», explique le Genevois.

Lire aussi: Carole et Aurélie, le pari comme soupape dans un hôpital

Le corps, dit-on, peut supporter une minute dans l’eau par degré. A 7 heures du matin, la plupart du temps accompagné par des compagnons de nage pour – entre autres – rassurer son amie, Sylvain s’engage sur la jetée des Bains des Pâquis, où il a rendez-vous avec le lac. Les jours où le froid se fait plus rude, il ne reste pas plus que 5 ou 6 minutes dans l’eau. Nager jusqu’au phare, faire le tour des Bains, voilà les petits défis qu’il se lance. L’important: ne pas ressortir tout de suite, même si l’eau «fait mal». «C’est un moment pour soi, entouré des montagnes, un rituel assez spirituel. A quoi ça sert? A sortir du confort offert par notre quotidien, à dompter le mental et à repousser ses limites.» Même s’il connaît le plaisir ressenti une fois sorti de l’eau, Sylvain doit parfois se forcer: il y a quelque chose de contre nature à plonger un corps de 37 degrés dans une température à 30 degrés de moins. «C’est une ligne que je me suis fixée, et je m’y tiens, tout au long de l’année. Mon corps m’en remercie: je ne tombe jamais malade.»

Disparaître dans les flots

Avec une même attirance pour le lac, mais une préparation différente, Betty profite de ses horaires de travail d’après-midi et de nuit pour s’accorder des nages matinales. Enduite de graisse de coco et protégée par une combinaison de plongée, un maillot de corps, un masque, des gants et des chaussures, la jeune femme à la silhouette gracile disparaît dans les flots, parfois pour quarante-cinq minutes, parfois pour une heure. Lorsqu’elle est seule, Betty, par précaution, ne s’éloigne jamais trop des rives: elle pense aux crampes qui pourraient la paralyser. Lorsqu’elle sort de l’eau, sa bouche est gelée et elle ne peut plus parler durant de longues minutes.

«Lorsque je rentre dans l’eau, je me force à me détacher de la souffrance que je ressens en me concentrant sur le paysage, sur la neige qui s’est parfois déposée sur les montagnes. Puis vient le plaisir. J’immerge ma tête dans les flots, et je disparais. Je me coupe complètement du monde.» Lorsqu’elle ressort, Betty reprend des forces avec la boisson chaude qu’elle s’est préparée dans un thermos. «En hiver, je mets deux bonnes heures à me sentir totalement réchauffée.» Nager dans le lac toute l’année est un défi qu’elle s’est fixé, notamment pour faire du sport à l’extérieur. «Il est surtout difficile de combattre les pensées négatives qui nous poussent à ne pas y aller.»

Accueillie par la police à son retour

Toujours accompagnée de sa chienne qui patiente près de ses affaires, elle aime varier ses trajectoires et se baigne plusieurs fois par semaine depuis Lutry, Nyon, Genève, ou parfois dans le lac d'Annecy. «Les promeneurs m’interpellent, s’inquiètent de me voir prendre le large. Par deux fois, les pompiers et la police municipale, alarmés, m’attendaient à mon retour. Ils ont même voulu me mettre une amende pour justifier leur déplacement.» Betty le sait, les risques existent, mais elle les conjure par beaucoup de prudence.

Publicité