Ça s'agite autour de l'accélérateur de particules de l'institut Paul Sherrer (PSI), à Villigen, dans la campagne argovienne. A peine une année après son inauguration, la Source de Lumière Synchrotron (SLS) attire deux grosses boîtes pharmaceutiques, ainsi qu'une société allemande de recherche scientifique, autour de son gigantesque anneau producteur de rayons X.

Novartis, Roche et la Max-Planck-Gesellschaft ont annoncé jeudi leur volonté de construire une nouvelle «ligne» de lumière synchrotron au PSI, afin de mener leurs propres expériences, notamment dans le développement de nouveaux médicaments. Le coût de cette installation s'élèvera à 20 millions de francs pour dix ans. Ce montant sera pris en charge à 50% par la Max-Planck-Gesellschaft, et à raison de 25% chacun par Novartis et Roche.

Vers de nouveaux remèdes

Le trio se partagera la nouvelle ligne de faisceaux afin de réaliser des expériences de cristallographie des protéines (bio-cristallographie). La projection sur une protéine d'un puissant faisceau de rayons X, produit par l'accélérateur d'électrons qu'est la SLS, permet de révéler l'architecture atomique de la molécule. Les protéines sont d'énormes enchevêtrements d'atomes dont la structure complexe ne peut être déterminée en trois dimensions que par les calculs de puissants ordinateurs. La détermination de l'architecture des protéines n'en est qu'à ses débuts. Et comme ces molécules sont fondamentales à la vie, et qu'elles jouent de ce fait un rôle dans la plupart des maladies – Novartis et Roche citent le sida, l'ostéoporose et la leucémie –, leurs secrets intéressent tout particulièrement l'industrie pharmaceutique.

Inauguré en octobre, 2002, le SLS, dont la construction a coûté 159 millions de francs à la Confédération, est le seul instrument du genre en Suisse et parmi les plus performants d'Europe. Il permet de produire des faisceaux lumineux dont la longueur d'onde est modulable dans un spectre qui s'étend des rayons ultraviolets aux rayons X, dits «durs».

Autour de l'accélérateur du PSI, bonne à tout faire de la science, quatre «lignes» de lumière sont déjà à la disposition des universitaires et – moyennant payement – des entreprises privées. Pour l'instant, en plus de la bio-cristallographie, il y est possible d'étudier la structure des matériaux, de «microscoper» ou de «spectroscoper» à volonté leur surface. D'autres sources sont en projet de construction afin d'utiliser notamment les possibilités du spectre ultraviolet et infrarouge.