«La récolte 2004 est excellente, se réjouit Marc Ramu, du Clos des Pins à Dardagny, dans le canton de Genève. Sur certains cépages, les degrés Oechslé enregistrés sont supérieurs à ceux de 2003. Ce phénomène est dû à une bonne maturité naturelle du raisin, et non à l'évaporation ou au desséchement des baies. D'autre part, la vigne s'est bien remise de la grêle du début du mois de juillet.» Et puis, les affaires vont bien. Marc Ramu a une clientèle fidèle et n'a aucune peine à commercialiser la totalité de sa production chaque année. Sa Syrah 2002, qui a gagné une médaille d'or en février aux Vinalies de Paris, n'est déjà plus disponible. «Ces dernières années, on peut dire que la situation vitivinicole genevoise s'est améliorée. Bien sûr, je suis inquiet pour mes collègues qui vendent leur raisin à des caves ou à des négociants. Certains n'arrivent plus à vivre et c'est mauvais pour l'ensemble de la profession. Mais les efforts de réencépagement et les limitations de rendements ont porté leurs fruits: la qualité des vins genevois n'a cessé de s'améliorer. Or, les consommateurs sont prêts à mettre le prix pour un vin de qualité. J'observe aussi d'autres signes encourageants. Des enfants de viticulteurs reviennent à la vigne après avoir exercé un autre métier, et se décident à s'équiper en matériel, à se mouiller.»

Malgré l'ouverture des frontières, le revenu de Marc Ramu n'a pas baissé. Grâce à son esprit visionnaire, le vigneron a su titiller la curiosité et le cosmopolitisme du consommateur genevois en diversifiant au maximum l'encépagement de son domaine. «Quand j'ai commencé à travailler avec mon père, il n'y avait que quatre cépages sur le domaine.» Marc Ramu a arraché du Chasselas et du Gamay, planté de la Syrah, de l'Aligoté, du Sauvignon blanc, du Cabernet Sauvignon, du Gamaret, etc. Au total, il cultive aujourd'hui 13 cépages différents sur 9 ha. Dans les années 80, il s'est associé à des collègues pour vinifier du vin blanc selon la méthode champenoise.

Aujourd'hui, il ne cherche plus à renouveler l'encépagement. Il soigne ses vignes qui vieillissent. La Syrah est son «dada». Les ceps sont plantés sur un petit parchet de 3000 m2, mais bénéficient «de la meilleure exposition possible», dit-il. De caractère indépendant, Marc Ramu refuse de céder à la vogue des vins au goût de bois, très prisés par les consommateurs anglo-saxons. «Cela fait vingt ans que je travaille avec la barrique, mais je l'utilise pour faire respirer les vins. J'ai toujours travaillé d'après mes goûts. Et je ne cherche pas forcément à faire des vins très chers.»