La Suisse romande se divise en deux catégories: ceux pour qui le sobriquet de «Géant Vert» réfère au syndic de Lausanne et ceux pour qui il évoque un DJ. «Je me suis toujours fait appeler ainsi, se rappelle Antoine Escoffey, alias DJ Green Giant, en raison de ma taille, de mes pulls verts et de mon attitude débonnaire.»

Contrairement aux clichés du hip-hop, il ne se déplace pas en Hummer, aucune grosse chaîne ne pend à son cou, aucun caillou à ses oreilles. A la limite, on l’imaginerait basketteur de haut niveau, toujours rapport à son gabarit. Mais les entraînements à l’aube, très peu pour lui. «Comme de nombreux DJ, je me couche tard et me réveille vers midi.» L’après-midi est dédiée aux nouveautés musicales. «Je passe beaucoup de temps sur Internet à écouter des morceaux, à m’informer de l’actualité de la scène. Le Web est pervers: il favorise le piratage, tout en permettant de repérer des artistes non filtrés par les majors.» En fin d’après-midi, il se rend dans les locaux de Couleur 3 pour enregistrer Downtown Boogie.

Et les week-ends, direction les clubs de Suisse pour des sets qu’il ne prépare pas à l’avance. «Sur mon portable, j’ai un répertoire de 20 000 titres de rap, funk, disco, r’n’b. Je ne décide pas à l’avance de ce que je vais passer, ça dépend du public. C’est son énergie qui détermine mes choix.» Exception faite de la soirée de samedi qui fera la part belle à… Michael Jackson. «Ça s’impose. J’ai grandi avec sa musique. Il a énormément influencé le hip-hop.»

C’est à l’âge de 15 ans qu’il égratigne ses premiers disques. «Mon frère avait des platines avec lesquelles il assurait la sono de nombreuses boums à Morges… C’est ainsi que j’ai commencé à mixer.» De là à en faire sa profession… «Je n’imaginais même pas jouer devant qui que ce soit!»

En 1994, pour la première fois, il joue en public. «Un jour, mon ami DJ Sebb, alors animateur des Métissages hip-hop sur Couleur 3, m’annonce que je joue le week-end même à la Dolce Vita, que mon nom est déjà sur le flyer.» Antoine est encore gymnasien. Les soirées s’enchaînent ensuite en Suisse, en France et au Sénégal. «En 1997, Sebb me demande de le remplacer à la radio. Je ne suis jamais reparti.»

Deux ans plus tard, la chaîne change sa grille. DJ Green Giant et l’animateur Baby Blu montent alors Downtown Boogie. Ils sont rejoints plus tard par Dynamike, le technicien Jiggy Jones et Ron-T, remplacé ensuite par Vincz Lee. «Au début, nous n’avions que deux heures le vendredi, puis la fréquence est passée à une heure par jour en semaine. A présent nous disposons d’une heure quotidienne du lundi au vendredi et de deux heures le samedi.»

Depuis près de six ans, Antoine Escoffey vit pleinement des activités de DJ Green Giant, cumulant le salaire d’animateur et les cachets perçus pour jouer dans les clubs de Suisse et d’ailleurs ou en ouverture des concerts de pointures du rap comme Ice Cube, Redman & Method Man, Gang Starr, Public Enemy ou De La Soul. «Je reviens de Dakar où j’ai participé au festival de culture urbaine Festa2h. J’aime mixer dans des pays qui découvrent le djing. Le public est plus à l’écoute: je sens que je lui apporte quelque chose de neuf.»

Pour autant, Antoine ne renie pas sa patrie. «On a du très bon rap en Suisse. Qu’on aime ou pas Stress, son dernier album est bien réalisé: il tient la route, même entre deux productions US.» D’où qu’il vienne, le hip-hop se réfère encore au Nouveau Monde. «Certains artistes américains nous snobent, mais semblent envier l’état d’esprit qui règne en Europe. Aux Etats-Unis, le hip-hop a perdu son authenticité. Ici, la culture existe. Ses différents modes d’expression communiquent. Je suis de très près ce que font les graffeurs et les breakers en Suisse et ailleurs. On fait tous partie de la même grande famille.»

Au Montreux Jazz Festival le samedi 4 juillet dès 23h. www.montreuxjazz.com.