On trouvera également «talmelier», ou «tamelier», voire «talmisier». L’orthographe du mot ne sera jamais figée, puisqu’il a été remplacé, semble-t-il à la fin du XIIe siècle, par «boulanger». «Talemelier» constitua en effet la première désignation du maître de la panification. On le cueille dans l’épatant Dictionnaire universel du pain, paru en octobre dernier chez Bouquins/Laffont, considérable encyclopédie de 1344 pages dédiée à toutes les dimensions de l’aliment de base.

L’origine du terme repose sur deux hypothèses: le mélange de «taler», c’est-à-dire battre – qui renverrait au pétrissage – et de «mêler»; ou une piste du côté du tamisage de la farine, «tamisier» évoluant en «talemelier» par corruption. Le dictionnaire indique d’ailleurs: «On le constate, le tamis a servi à symboliser une activité qui a recouvert, au-delà du tamisage, la confection des produits issus de celui-ci.»

Cette première époque langagière du façonneur de pain est suivie du «boulanger», qui aura une plus longue vie. Il est attesté dès le XIIIe siècle. Un cadeau du Nord: le Robert l’attribue au picard «boulenc», «d’origine germanique», est-il précisé. Littré, lui, y voyait une filiation belge, du wallon «bolegî», ou du namurois «bolègî», tous deux découlant d’un lointain ancêtre issu du bas latin. Dans tous les cas, c’est bien la forme du pain, conçu en boule, qui a déterminé la dénomination de la corporation.

Nous consacrerons cette semaine aux mots de la boulangerie et de la pâtisserie. Dès demain, nous franchirons le seuil d’un fournil – ou laboratoire, selon le terme utilisé actuellement en Suisse romande. Artisanat millénaire mais en modernisation constante, mêlant retour à la tradition et savoir-faire technique accumulé au fil des siècles – ce que souligne ce drôle de choix, de parler de «laboratoire». Sûr, les mots qui en émanent croustilleront.