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L’affiche de «Tanguy», le fameux film d’Etienne Chatiliez, avec Sabine Azéma, Eric Berger et André Dussollier (2001).
© 20thCentury Fox/AP/Keystone

Société

Ces «Tanguy» qui s'incrustent chez leurs parents

Ils sont jeunes et capables de s’assumer financièrement. Pourtant, ils ne profitent pas de leur premier salaire pour quitter le nid familial. Ils préfèrent attendre, parfois jusqu’à l’approche de la trentaine

Le phénomène «Tanguy» est sûrement familier à certains. Dans la comédie du même nom réalisée par Etienne Chatiliez et sortie en 2001, on découvrait un personnage atypique. Brillant, salarié et attaché à ses parents. Certainement trop. Au point de ne pas s’en séparer, même à l’approche de la trentaine. Ce n’est pas un cas isolé, et en Suisse, la tendance de l’«adulescent» est une réalité. A 30 ans, ils sont encore 10% à vivre chez papa-maman.

Souvent, le syndrome de Peter Pan est une nécessité, due notamment à l’allongement des années de formation. A côté de cela, la crise du logement n’aide pas davantage à sortir du cocon familial. Aujourd’hui, les actifs ont tendance à quitter leurs parents vers l’âge de 24-25 ans. Dans les décennies 1970 et 1980, la moyenne était de 20 ans.

Cohabitation facile

Cette cohabitation retardée se révèle parfois être un choix. «C’est aussi un peu par paresse, admet Albin, employé dans le domaine informatique. Vivre avec ma mère me permet de faire des économies importantes. Je les utiliserai pour acheter une voiture ou louer un appartement.» Ni loyer à payer, ni dépenses alimentaires dans sa situation. «Pour l’instant, je ne me sens pas spécialement pressé de partir», ajoute le jeune homme de 24 ans.

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Même ressenti pour Stéphanie, assistante socio-éducative à Lausanne. «C’était une évidence que de rester, autant pour moi que pour mes parents, raconte-t-elle. En contrepartie, je leur verse 100 francs par mois. De toute manière, c’est difficile de trouver un logement correct avec mon petit salaire.» Salariée depuis quatre ans, elle attend le bon moment pour emménager avec son compagnon. «Les réactions sont variées. Certains trouvent mon choix de vie étrange, d’autres me disent que j’ai de la chance. Et oui, je me sens chanceuse. Je n’ai jamais rêvé de partir au premier job que je décrochais!»

Mœurs plus libres

Employée de commerce de 28 ans, Sarah* s’est quant à elle fixé un délai de départ. «Je déménagerai d’ici deux ans. Mes amis me prennent pour une extraterrestre! En fait, je ressens plus de pression et de jugement de la part d’autres personnes de mon âge que de mes parents. Mais ma situation n’est pas un frein à mes relations amicales ou amoureuses pour autant. Il y a plus d’avantages que d’inconvénients.»

Une génération décomplexée? «Les pratiques parentales sont moins autoritaires et les mœurs se sont libérées au sein des familles, explique Nicky Le Feuvre, sociologue à l’Université de Lausanne. Autrefois, par exemple, la liberté sexuelle des jeunes commençait au moment de leur autonomie résidentielle. Ce n’est plus forcément le cas aujourd’hui.» Et malgré des conditions propices à l’émancipation en Suisse, le toit parental représente une assurance non négligeable. «Les jeunes ont plutôt besoin d’une famille «filet de sécurité» lors de la transition parfois incertaine vers la vie d’adulte autonome. D’où la nécessité d’attendre que l’ensemble des conditions professionnelles et financières soient réunies avant d’envisager le départ.»

Des différences de parcours également marquées par le genre et les régions: les femmes s’émancipent en général plus tôt que les hommes. Les Tessinois restent plus longtemps a casa. L’âge de départ moyen en Suisse se situe toutefois en dessous de la moyenne européenne: 26 ans selon des statistiques d’Eurostat publiées en 2015.


* Prénom d’emprunt.

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