On savait que les femmes ont intérêt à être belles: c'est très utile pour trouver un mari, un travail, pour se faire écouter et respecter socialement et pour passer à la télé. Malgré la très lente évolution des mœurs, beauté et femme restent donc synonymes dans les mentalités. Si, en plus, la femme est vertueuse, alors c'est le top du top. Tapis rouge.

Ce genre de tropisme immémorial se vérifie particulièrement aux Etats-Unis, même dans des situations tragiques. Prenez le cas de Karla Tucker, cette femme américaine condamnée à mort et exécutée au Texas le 3 février dernier. Bon, côté beauté, on peut faire mieux. Mais elle était peut-être très belle selon les critères américains. Du moins était-elle télégénique. On se souvient du battage médiatique qui a précédé sa mise à mort. Les télé-évangélistes et les chrétiens priaient pour celle qui avait regretté ses actes et retrouvé la foi, et qui s'était mariée en prison. Savez-vous qui est Judy Buenoano? Non, bien sûr. Rassurez-vous, c'est normal. D'abord, elle est moche et en plus, elle a 54 ans. Et puis, elle est méchante. Figurez-vous qu'elle a tué son mari, son fils et son concubin. Au lieu de se repentir comme la gentille Karla Tucker (qui a également tué par deux fois), elle nie tous ses crimes. Il n'en faut pas plus pour qu'elle meure aujourd'hui par électrocution, dans l'indifférence générale, comme nous le raconte Paul Sigaud en page 7.

Conclusion: si la foi et la beauté ne sauvent pas de la mort, elles préviennent contre l'indifférence. Mesdames les futures condamnées, à vos Bibles! Et n'oubliez pas de prendre rendez-vous dans un institut de chirurgie esthétique. Qui sait, si vous êtes VRAIMENT jolie, peut-être échapperez-vous à la peine capitale…