En Grande-Bretagne, il n'y aura bientôt plus de malades dans les rues. Parce qu'un vrai malade, voyez-vous, ça reste au lit et ça n'en bouge pas. Sous aucun prétexte. Les patrons britanniques ont décidé qu'un malade vu dans la rue n'était pas un vrai malade, qu'il était en fait très bien portant et qu'il abusait de la confiance de son entreprise. C'est pourquoi certains directeurs ont décidé de faire appel à des détectives privés pour pister ceux qui s'annoncent victimes de diverses bactéries.

Les syndicats sont très fâchés de cette décision. Ils ont tort. En matière d'autogoal, les entreprises peuvent difficilement faire mieux. D'abord, faire épier un malade qui va chez son médecin, puis en pharmacie, puis à l'hôpital coûte relativement cher. Sans compter le prix du rapport du détective qui établira que l'employé est vraiment malade, qu'il souffre d'un lupus érythémateux fixe de l'oreille. Ensuite, les malades célibataires effrayés par les foudres patronales resteront chez eux: pas de diagnostic médical (à moins d'appeler un service d'urgence à domicile, très cher), pas de médicaments, et c'est parti pour une influenza H33N589 de trois semaines au lieu de cinq jours. Enfin, la pensée de ne pas devoir tomber malade de peur que l'employeur vous flanque un détective à vos trousses créera certainement un stress d'un genre nouveau, aux conséquences encore imprévisibles. Et la réflexion des patrons est entachée d'une myopie certaine. Sûr qu'à suivre toute la journée des employés remplis de virus, les détectives tomberont malades. Ce qui ne manquera pas d'occasionner de nouveaux frais pour les patrons: faire suivre un détective par les services secrets de Sa Majesté, ça coûte la peau des fesses…