Les CFF sont très contents d'une expérience menée depuis septembre dernier. Quarante-huit wagons silencieux, pourvus du signe «Psst», ont été mis en service dans des trains Intercity et interrégionaux. Les Natel, Gameboy, walkmans, ordinateurs portables et personnes bavardes y sont indésirables. Des sondages ont montré que le respect des règles n'est pas toujours facile. Des passagers souhaitent davantage d'interventions de la part du personnel d'accompagnement. D'autres suggèrent que les enfants ne devraient pas voyager dans les wagons Psst ou qu'il faudrait renoncer aux annonces par haut-parleur.

Comme les CFF veulent introduire de manière définitive ces havres de paix ferroviaire, je leur suggère d'autres mesures discriminatoires. Les contrôleurs devraient au plus vite se familiariser avec le langage des sourds-muets et avoir des semelles de crêpe. Interdiction d'entrer aux enrhumés, enroués et bien sûr enivrés. Pas question d'accueillir les individus sujets au hoquet ou aux flatulences. Evitons comme la peste les maugréeux, les soliloqueux, les onomatopéeux, les personnes qui font du bruit en mangeant. Pas de chips (crunch), de bonbons (criss-criss) ou de Coca (burps). A l'évidence, pas de lecteurs de journaux, qui pourraient froisser des susceptibilités en tournant leurs pages. Pour ce qui est des nuisances extérieures, je recommande aux CFF de choisir des races de vaches qui ne meuglent pas en regardant passer les trains.

En revanche, je souhaite la présence dans les wagons Psst de formulaires d'inscription pour, au choix, et selon son âge, l'ordre de la Trappe ou l'EMS «La Paix du Soir». Si cela ne suffit pas, si malgré l'absence des enfants, des adultes bavards ou des vieillards gâteux il reste du bruit à éradiquer, alors créons les wagons PF, comme «Pompes Funèbres». Un ticket pour l'au-delà, en voiture, plus de problème. Quoique le voyage risque d'être un peu long.