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Suite à l’action de l’UNESCO, cinq nouveaux ateliers de tissage ont ouvert dans la région, démontrant un regain d’intérêt pour ce savoir-faire historique.
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Savoir-faire

La tapisserie sauvée 
sur le fil

La Cité internationale de la tapisserie a ouvert ses portes à Aubusson. Les attentes qu’elle suscite sont aussi nombreuses que vitales pour cette région de la Creuse qui dépend étroitement de ce savoir-faire ancestral

Si l’histoire de la tapisserie d’Aubusson remonte à cinq siècles et demi, elle a bien failli s’arrêter récemment dans l’indifférence générale. A l’instar de bien d’autres métiers d’art tombés en désuétude, cette activité au passé glorieux était jugée sans avenir par beaucoup, en décalage avec son temps. Victime d’une image poussiéreuse et d’un désintérêt croissant, elle doit son salut à quelques irréductibles, convaincus de l’importance de son patrimoine historique et, surtout, de son potentiel largement mésestimé à leurs yeux.

L’inscription par l’UNESCO, en septembre 2009, sur la liste représentative du Patrimoine culturel immatériel de l’humanité signe le début d’une nouvelle ère pour la tapisserie d’Aubusson. Aux angoissantes fermetures d’ateliers et autres reconversions forcées allait pouvoir succéder un projet fédérateur: celui de la Cité qui, après trois années de travaux et un investissement de 8,5 millions d’euros, a enfin ouvert ses portes au public le 10 juillet.

Métier vivant

Bien plus qu’un simple musée – même si ce dernier, riche de quelque 330 tapisseries, constitue une référence de premier plan –, il s’agit en réalité d’une institution qui dès l’origine a ambitionné de regrouper en son sein tous les ferments du renouveau de la tapisserie d’Aubusson. Un espace de formation, un centre de ressources, une plateforme de création contemporaine et une résidence d’artistes ont ainsi été imaginés pour répondre à des enjeux aussi culturels, économiques, sociaux, touristiques que médiatiques. Histoire de montrer que ce savoir-faire d’exception est toujours vivant et permet de réaliser des pièces contemporaines de haut niveau, susceptibles d’attirer artistes et collectionneurs du monde entier.

Gageons que les appels à la création d’aujourd’hui, soutenus par de prestigieuses institutions comme la Fondation d’entreprise Hermès, donneront un second souffle à ce médium surprenant, à la croisée de la peinture et de la sculpture. Alexander Calder, André Bloc, Le Corbusier ou encore Victor Vasarely s’y sont notamment essayés, faisant tisser leurs œuvres dans la région.

Il y avait urgence, car comme le précise Emmanuel Gérard, très dynamique directeur de la Cité, «le risque de disparition du savoir-faire était réel. Grâce au label de l’UNESCO, la transmission semble désormais assurée avec, d’un côté, un attachement nouveau des créateurs pour l’expression textile et, de l’autre, des formations professionnelles capables – après vingt ans d’absence – de fournir de nouvelles générations de lissiers.» Depuis peu, cinq nouveaux ateliers de tissage ont ainsi ouvert, preuve du regain d’intérêt pour l’activité.

Table tactile

De l’extérieur, la façade de la Cité annonce la couleur avec sa trame multicolore évoquant autant le métier à tisser que les créations du styliste anglais Paul Smith. Pénétrer dans l’édifice, c’est partir à la découverte d’un patrimoine à la richesse et à la diversité insoupçonnées. La visite du musée s’articule autour de trois espaces distincts, au rythme d’une scénographie particulièrement réussie.

La première salle, intitulée «Tapisserie du monde», embarque le visiteur dans un voyage consacré aux différentes expressions textiles, démontrant l’universalité des techniques de tissage. Suit un deuxième espace – «Les mains d’Aubusson» – dédié aux savoir-faire spécifiques de la tapisserie du cru, avec notamment la question centrale de l’interprétation et du dialogue entre le projet de l’artiste et son interprétation par l’artisan. Preuve s’il en est que le sujet peut être abordé de manière ludique et moderne, le spectateur est invité à réaliser sa propre tapisserie sur table tactile grâce à un serious game développé par la Cité. Moins anecdotique qu’il n’y paraît de prime abord, le jeu permet de mieux appréhender les techniques mises en œuvre par les artisans et de mesurer la complexité du savoir-faire requis.

«La Nef des tentures», conçue comme un véritable spectacle dans lequel déambule le visiteur, constitue l’ultime – et le plus spectaculaire – espace d’exposition. Le parcours muséographique invite à découvrir, sur près de 1’200 mètres carrés, cinq siècles et demi de production en Aubusson. Grâce à des décors en trompe-l’œil inspirés du théâtre, le visiteur passe d’une époque à l’autre, explorant à sa guise – grâce à des tablettes numériques permettant la découverte des caractéristiques des différentes tapisseries présentées – les collections de manière ludique et pédagogique.

«Donner à la tapisserie d’Aubusson la visibilité qu’elle mérite, c’est redonner aux Creusois et général, et aux Aubussonnais en particulier, leur fierté», reprend Valérie Simonet, coprésidente de la Cité. C’est en effet toute une communauté professionnelle qui s’investit pour maintenir complète la filière de production. Filatures, teintureries, cartonniers, lissiers et restaurateurs notamment travaillent en étroite collaboration. Une des conditions essentielles au maintien de ce savoir-faire particulièrement gourmand en main-d’œuvre dans la région, face aux inévitables tentatives de délocalisation.


A consulter
Cité internationale de la tapisserie, Rue des Arts, Aubusson,0033 5 55 66 66 66

Y dormir
Le jardin de Nicole. Adorable maison d’hôtes à 5 minutes à pieds de la Cité, sise dans une ancienne manufacture de tapisserie dont le jardin plonge dans la Creuse, tenue par un couple anciennement antiquaires. Madame sert de guide bénévole à l’Atelier-musée des cartons de tapisserie d’Aubusson. 30A Rue Jean-Jaurès à Aubusson, 0033 5 55 83 87 45

Y manger
Le restaurant La Terrade propose l’unique terrasse de la ville surplombant la Creuse. Parmi les réhabilitations architecturales les plus réussies, dans le quartier historique des lissiers. Lieu et cuisine très recommandables. 6 Rue Alfred-Assolant à Aubusson, 0033 5 55 67 72 20

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