«Oubliez tout ce que vous croyez savoir sur l'Allemagne et regardez Tatort», recommandait un professeur du Goethe Institut à ses étudiants étrangers. Tatort, le lieu du crime, c'est la série policière la plus populaire en Allemagne. Le premier épisode a été diffusé en 1970 et, dimanche, la chaîne nationale ARD retransmettra le 700e. Tous les dimanches soir, à 20h15, après le journal télévisé, l'heure de Tatort est un rendez-vous auquel peu d'Allemands échappent.

De ville en ville

Les crimes en col blanc, les trafics de drogue, les enfants qu'on laisse mourir de faim, les affaires de familles sordides, la violence de l'extrême droite, les problèmes d'intégration, la politique, la prostitution, on y trouve tous les thèmes d'actualité de la société allemande. Non sans risques. Une avalanche de protestations s'est abattue récemment sur ARD après la reconstitution d'une autopsie d'un bébé. Les musulmans alévis sont descendus dans la rue pour protester contre le thème d'un des épisodes, l'inceste dans une famille de leur communauté.

Mais on y déguste aussi des Currywurst sur les bords du Rhin, on y découvre les boîtes à la mode à Berlin, on sillonne les rues chaudes de Hambourg, on saute des sociétés de biotechnologie au «quartier rouge» de la gare de Munich. Car la particularité de cette série policière, c'est la couleur locale. En principe, chacune des neuf télévisions régionales, y compris la Télévision autrichienne et la DRS suisse alémanique pendant quelques années, a sa propre équipe d'enquêteurs, que l'on retrouve de cas en cas. C'est ainsi que, jusqu'au début des années 2000, les acteurs Laszlo Kish et Ernst Sigrist interprétaient deux inspecteurs du commissariat de Berne.

Mais l'enquêteur préféré des Allemands reste sans doute le commissaire principal Horst Schimanski, de Duisburg, interprété par le grand acteur Götz George. Il fut le premier, dans les années 1980, à décoincer l'image du policier, un type un peu rude, sorti du commun des mortels. A Saarbrück, on pouvait suivre le commissaire Palu, fin gastronome, sur son vélo, et à Leipzig, le spleen de Peter Sodann comme commissaire Ehrlicher reste un moment fort.