Edmond Safra est-il uniquement mort de la bêtise et de la fragilité psychologique de son infirmier? Ou bien l'incapacité des policiers monégasques à gérer une situation de crise a-t-elle aussi joué un rôle? La deuxième journée du procès de Ted Maher, l'infirmier américain accusé d'avoir allumé le feu mortel dans l'appartement du milliardaire, a fait surgir pour la première fois cette question tant redoutée par la Principauté et sur laquelle la défense appuie sa stratégie. «Il n'y avait pas une chance sur dix mille pour que la mise en scène de Maher aboutisse aux conséquences tragiques que l'on sait», a affirmé l'un de ses avocats, soulignant qu'il avait fallu plus de deux heures et demie aux secours pour arriver jusqu'aux corps asphyxiés d'Edmond Safra et de Vivian Torrente. Les pompiers étaient pourtant sur place quelques minutes après que l'alarme a été donnée.

Que s'est-il donc passé?

Les premiers témoignages des policiers appelés à la barre ont laissé apparaître des erreurs d'appréciation face à l'urgence. Arrivé le premier sur les lieux, un brigadier ne remarque pas, malgré ses vingt-deux ans de service, que les blessures de Ted Maher ont été causées par une arme blanche – le couteau est encore dans la plaie – et non par balles comme l'avait annoncé par erreur le veilleur de nuit qui a donné l'alarme. «Vous ne vérifiez pas la nature des blessures?» interroge Me Griffith, avocat américain de la défense. «Je ne me pose pas la question.» Devant la porte fermée de l'appartement des Safra, il ne songe pas non plus à faire chercher au plus vite les clés pour l'ouvrir et redescend d'abord sécuriser l'immeuble étage par étage, en commençant par les 19 niveaux de parkings souterrains où le veilleur de nuit a cru voir un paquet suspect! «J'ai appelé des renforts. C'est la procédure.» Un autre agent de police qui accompagnait Ted Maher à l'hôpital, informé par les médecins que les blessures ont été faites à l'arme blanche, n'en fait pas part à ses collègues restés sur place. «Je n'étais pas en contact avec ma hiérarchie, j'avais baissé le son de ma radio pour ne pas déranger les malades.»

Les incohérences se multiplieront: Samuel Cohen, chef de la sécurité de Safra, arrivé sur place, sera retenu au bas de l'immeuble «par mesure de sécurité», alors qu'il supplie qu'on le laisse monter aider son patron. Lily Safra, par contre, descendra toute seule de sa chambre, sur demande de la police, sans que personne vienne la protéger de ces agresseurs tant redoutés.

Sanglés dans leurs uniformes chamarrés, fièrement dressés à la barre, les gardiens de l'ordre monégasques ne semblent pas le moins du monde perturbés par ces questions. Mais les auditions qui se poursuivent la semaine prochaine en diront certainement plus sur ce que les experts ont qualifié de «manque de coordination et de communication entre les différents intervenants» et sur les «moyens inadéquats» mis en œuvre pour sauver les victimes. Mais ces défaillances policières n'ont à aucun moment remis en question la responsabilité de Ted Maher.

On ne le suit plus

L'infirmier, voûté sur sa chaise, le visage crispé, est apparu encore plus nerveux et plus incohérent qu'hier. Lorsqu'il prétend n'avoir pas voulu tuer Edmond Safra, on veut bien le croire. Mais quand il affirme ne pas avoir voulu mettre le feu à l'appartement, on ne le suit plus. Interrogé sur la taille des flammes qui s'échappaient de la poubelle où il a mis le feu, il s'embrouille, se contredit. Me Bonnant, avocat de Lily Safra, ne rate pas l'occasion. «Quand le feu a été allumé par quelqu'un d'autre, il fait 60 centimètres. Quand c'est vous, il dépasse un peu de la corbeille. Et aujourd'hui, il se réduit à un filet de fumée. Bientôt vous nous direz qu'il n'y avait pas de feu!»

Face à ces attaques, on sent la colère à fleur de peau dans les mâchoires tendues de l'infirmier. Ses réponses deviennent vindicatives, il se justifie à tout prix, reportant la responsabilité sur d'autres, comme un enfant pris en faute. Les larmes qu'il verse sur la mort d'Edmond Safra, ses excuses, ses regrets, devraient suffire. Certes, il a jeté dans la poubelle la serviette imbibée d'alcool qu'il a utilisée pour désinfecter ses plaies, ce qui a certainement activé le feu. Oui, l'alarme incendie s'est déclenchée avant qu'il sorte de la pièce, mais il n'a pas éteint le feu pour autant. Non, il n'a jamais signalé le feu aux policiers venus le secourir.

Mais puisqu'il n'a pas voulu faire de mal, pourquoi le juger lui et lui seul? «Comment le policier n'a-t-il pas vu le couteau dans mes plaies?» s'énerve-t-il. Les parties civiles n'ont pas manqué de le rappeler: ce sont ses mensonges qui ont tout faussé.