L'hôtel est vieillot mais confortable, le gazon épais sous les chaises de jardin, une fontaine glougloute au pied de la terrasse et de petits objets transparents non exactement identifiés mais certainement bienfaisants se balancent haut devant portes et fenêtres. On vient ici méditer, se ressourcer, manger végétarien et parfois se former. Un groupe d'une vingtaine de femmes, ah tiens, non, un homme aussi, avait retenu une salle pour ça l'autre jour. Et au petit déjeuner, seule à une table face aux montagnes et à son bircher, une jolie femme entre deux âges tentait de se sentir bien en lisant un gros livre.

Assise devant mon bircher à moi, je méditais. Sur la vingtaine de femmes, pour la plupart entre deux âges aussi, venues apprendre à faire du bien au corps des autres. Sur le compagnon de l'une d'elles, un amoureux de la montagne qui scrutait les sommets ennuagés en hésitant à s'y aventurer tout seul. Sur le participant masculin au stage, un Latin enjoué qui vivifiait l'atmosphère autour de lui. Sur l'animatrice du groupe, une ancienne militante d'extrême gauche reconvertie au bien-être. Sur le rond dans l'herbe formé tôt le matin par ces stagiaires zélés pour imbiber leur journée de la fraîcheur de la terre. Sur la vacancière seule à sa table que j'imaginais venue digérer un deuil, le moindre froncement de sourcil me paraissant révélateur de son tourment secret. Et enfin sur mon esprit critique aiguisé dans ce type de lieu et de situation quand je n'y suis ni seule ni stagiaire.

Car c'est vrai, j'étais soulagée de n'être ce jour-là ni seule ni stagiaire dans ce petit temple du bien-être, toute heureuse de n'être venue que manger, boire et dormir dans des draps merveilleusement doux pour mieux courir la montagne. Oui, quel bien-être d'avoir opté ce jour-là pour le vaste sanctuaire naturel où chercher son chemin le long d'un ancien bisse et gravir un pierrier offre de multiples possibilités d'ascèse naturelle avant d'engouffrer, extase suprême, une tarte aux abricots couronnée de crème fouettée.