Interrogations

Le temps est-il une illusion?

La réponse de l’astrophysicien français Morvan Salez, qui a travaillé à la NASA, ancien chercheur au CNRS, mais aussi auteur et musicien

La notion du temps est toujours aussi mystérieuse qu’à l’époque de Platon. Elle est au cœur de toutes les problématiques scientifiques, de la cosmologie à la mécanique quantique. Et sous-tend des questionnements sur ce qu’est la conscience, la réalité, sur ce que nous sommes, nous, individus, êtres pensants.

On peut dire que deux approches s’opposent actuellement. La première, portée par de nombreux cosmologistes, défendue par le physicien italien Carlo Rovelli dans son livre Et si le temps n’existait pas?, considère le temps comme une dimension, mais que notre perception de son écoulement est une illusion. L’univers (voire les univers) y est conçu dans son ensemble, comme un tout dont l’histoire est écrite. Par son caractère fataliste, cette vision évoque celle du siècle des Lumières, d’un cosmos fonctionnant comme une grande machine, n’ayant pas besoin de nous. Son problème est qu’elle n’explique pas pourquoi nous faisons l’expérience subjective d’un temps passé, d’un présent et d’un futur. Autrement dit pourquoi notre conscience vit ce rapport au temps bien réel.

Le présent, instant du choix

L’autre vision du temps découle de la physique quantique, qui est indéterministe. Dans le monde des particules, l’avenir est incertain, il y a des possibilités qui peuvent se réaliser. Elle reconnaît donc le temps en tant qu’écoulement, qui transforme un futur ouvert en passé irréversible. Le présent est l’instant du choix. Le physicien américain Lee Smolin, dans son livre La renaissance du temps, étend cette vision à la cosmologie. Selon lui, le temps est réel et le monde n’est pas déterminé d’avance, il peut créer, apprendre, évoluer. Et notre libre arbitre peut y devenir plus qu’une illusion.

Le fait que deux physiciens experts du même domaine (la gravitation quantique) et ayant la même notoriété puissent avoir une telle vision opposée – l’un pense que le temps est une illusion, l’autre qu’il est fondamental – est révélateur d’une crise d’interprétation et de l’ampleur du mystère de la chose. A chacun de choisir la piste qui l’inspire.

Lire aussi la question de vendredi: le luxe fait-il encore rêver?

Plus de contenu dans le dossier

Publicité