«Veuillez sortir de la voiture, s'il vous plaît monsieur.» Le représentant de la marque Porsche est d'une exquise politesse, mais il est ferme: je dois m'extraire en vitesse de la Carrera GT dans laquelle je viens à peine de m'asseoir. Pourquoi? «Les rivets de votre jeans risquent d'abîmer le cuir des sièges, et de toute manière j'ai l'ordre de ne laisser entrer dans l'habitacle que les futurs clients de la voiture.» Que l'on soit mercredi, la seconde des deux journées de presse du 73e Salon de l'auto, n'a aucune importance: je ne suis qu'un journaliste, qui n'a à l'évidence pas les moyens de se payer le monstre gris acier, et je porte un jeans destructeur de sièges. Aus!

Encore un regard sur le bolide de 612 ch, capable de passer de 0 à 200 km/h en 9,9 secondes, et de filer au maximum à 330 km/h. Du carbone, du magnésium, de la céramique pour les freins et l'embrayage: jamais voiture de route n'avait tiré parti d'autant de matériaux high-tech, aussi légers qu'onéreux. Sans compter le cuir ultra-fin et ultra-fragile de l'habitacle.

Quelques dizaines de mètres plus loin, voici le stand d'un artisan français, PGO, qui lui aussi propose des Porsche. Il s'agit des répliques de la Porsche de James Dean, au volant de laquelle il s'est brisé la nuque le 30 septembre 1955, sur la route de Salinas. Comme la Speedster originelle, la réplique a un moteur VW. Elle est vingt fois moins chère que la Carrera GT. Et il est permis de s'y asseoir, jeans ou pas. Une interdiction serait le comble, vu qu'il revient à James Dean, ainsi qu'à Marlon Brando, d'avoir popularisé le jeans dans les années 50.

Comme l'acteur mythique a assuré le même type de promotion à la marque Porsche, la crainte, aujourd'hui, du pantalon riveté apparaît comme une incohérence.

A moins que le vrai anachronisme consiste à proposer en 2003 une voiture de route de 612 ch qui franchit les 200 km/h en moins de dix secondes. A voir.