L'Hôtel d'Angleterre, à Ouchy, vient de recouvrer sa plaque de marbre à la mémoire de Lord Byron. Disparue depuis des années de la façade du bâtiment lausannois, qui a été rénové en profondeur entre 1999 et 2002, elle évoque la brève présence dans l'hôtel du poète qui, au gré d'une tempête, y rédigea le légendaire Prisonnier de Chillon. C'était en juin 1816, précise la plaque rédigée en anglais par un donateur anonyme, lequel dit être un «amoureux d'Ouchy».

Byron n'était alors pas loin du faîte de sa gloire, celle qu'il a connue de son vivant. Sa renommée posthume a été plus grande encore, car alimentée par une courte vie hors norme, un talent éblouissant et un goût jamais démenti pour les scandales de toutes sortes (Byron serait aujourd'hui la vedette numéro un des rubriques «sexe & substances illicites», «exils & répudiations» de la presse people). Qui mesurera vraiment l'importance de sa présence au bord du Léman, cinq mois durant, pour l'essor du tourisme lémanique, voire suisse? Combien de voyageurs attirés par le spectacle sublime décrit dans ses poèmes lui ont emboîté le pas? Sans Byron, il n'y aurait sans doute plus de château de Chillon. Le poids de son seul souvenir a contribué à ce que les promoteurs du chemin de fer, en 1860, renoncent à raser la forteresse lacustre qui gênait leur tracé. Voilà qui méritait bien une plaque de marbre. Elle garde l'entrée du nouveau restaurant de l'Hôtel d'Angleterre, un restaurant d'ailleurs italien. Est-ce en souvenir des années que le poète passa dans la péninsule après son séjour en Suisse? Ou plutôt parce que la cuisine italienne haut de gamme est furieusement tendance? Comme Byron l'écrivait dans une lettre le 29 septembre 1816, quelque part sur la route entre Yverdon et Aubonne: «There is a time for all things.» Il y a un temps pour tout.