Bernard Boëton, responsable du secteur des Droits de l'enfant à Terre des Hommes, en est convaincu: les Organisations non gouvernementales (ONG) sont devenues des cibles privilégiées pour les pédophiles, que ceux-ci agissent individuellement ou en réseau. Les ONG doivent aujourd'hui collaborer pour se défendre, affirme-t-il.

C'est ce qui a motivé Terre des Hommes à organiser près de Zurich un séminaire de trois jours intitulé «Prévention de la pédophilie dans les organisations travaillant à l'étranger». Trente institutions internationales y ont pris part. Hier, les organisateurs présentaient leurs conclusions à la presse.

Terre des Hommes propose qu'un «Code de conduite» soit établi pour garantir la protection de l'enfant. Tout engagement au sein d'une ONG travaillant avec des enfants impliquerait la signature de ce code ainsi qu'un document informant le candidat que toute atteinte au code entraînerait une rupture de contrat et une information aux autres organisations. En Suisse, un tel règlement pourrait entrer en vigueur en 2001.

Pédophiles fichés

Autre demande: la constitution de fichiers nationaux des personnes condamnées pour pédophilie à l'usage des institutions.

Le travail en ONG est en expansion. Alors qu'il y a 30 ans, ces dernières avaient de la peine à recruter, les candidats y affluent par dizaines aujourd'hui. Les curriculum vitae deviennent même excellents en tous points. «Les ONG ne se trompent pas: les pédophiles sont souvent très compétents dans les tâches pour lesquelles ils ont été engagés, dit Bernard Boëton. Mais leur capacité de dissimulation est illimitée.» Bernard Boëton parle ainsi d'«écran d'excellence» dressé aux yeux des ONG. «Les pédophiles connaissent parfaitement les procédures de recrutement», argumente-t-il. En 1998, un collaborateur en Ethiopie de Terre des Hommes avait reconnu être un pédophile. Il avait pu agir plus d'un an avant d'être identifié.

Reste à Terre des Hommes à convaincre les autres ONG d'adhérer à son code. La chose ne sera pas aisée. «De grandes organisations basées en Suisse nous ont répondu que le problème n'existait pas chez elles, mais nous ont demandé nos travaux. Il est temps que tout le monde reconnaisse que le problème existe, et que nous travaillons ensemble.»

En marge de la conférence d'hier, nous avons appris que ce sont des informations fournies pas Terre des Hommes Allemagne qui ont permis de démanteler récemment un réseau de pédophilie au Cambodge (lire LT du 27 janvier).