Portrait

Thomas Wiesel, la relève de l’humour romand

A 26 ans, Thomas Wiesel incarne la relève de l’humour romand. Pour lancer ses «vannes», il privilégie le stand-up qu’il tente d’établir sur la scène francophone

«Dimanche, on vote pour la construction d’un tunnel permettant de quitter le pays aux étrangers mariés qui ont spéculé sur les biens alimentaires, si j’ai bien compris», ironisait il y a quelques jours Thomas Wiesel sur la Première. Il y a deux raisons pour lesquelles on rit aux blagues de ce jeune humoriste, dont le nom commence à dépasser nos frontières: il comprend le monde qui l’entoure et c’est un brillant auteur. Placer le bon mot à la juste place relève d’une précision digne de la haute horlogerie et le Lausannois de 26 ans l’a bien saisi. Il écoute, comprend, corrige, évolue. Une chronique d’une minute à la radio c’est pour lui quatre heures de travail, prostré à son bureau.

La stand-up comedy

Thomas Wiesel tente d’initier son pays au stand-up comedy. Sur scène, l’humoriste se tient seul, un micro comme unique allié. Sans costume ni accessoire il s’adresse informellement au public, aborde tout, parle de sujets privés, mais évite les personnages stéréotypés. Ce type d’humour, né de la culture anglo-saxonne a pris son essor en France avec le Jamel Comedy Club que Thomas rejoint en 2014. «Je n’ai jamais su jouer la comédie et j’ai eu une révélation en découvrant que je n’en avais pas besoin pour faire rire.» En ce temps-là étudiant à HEC Lausanne, il termine son Bachelor et se lance sans retenue dans le monde de l’humour. C’était il y a quatre ans.

«Depuis six mois, ça marche bien, le public a déjà le sourire aux lèvres lorsque je monte sur scène». Le jeune humoriste n’oublie pas que le chemin a été difficile. Un soir de représentation il y a deux ans, il lorgne par le rideau et voit trois spectateurs assis dans la salle. Il n’assume pas et annule le spectacle. Une bouteille de whisky lui tiendra compagnie cette soirée-là.

«Moi, je m’exprime en mon nom»

Sur scène comme sur les ondes, Thomas Wiesel traite de politique et il s’engage. «Finalement, très peu d’humoristes se positionnent politiquement. Yann Lambiel ou 26 minutes font de l’imitation mais on ne connaît pas leurs opinions politiques. Moi je m’exprime en mon nom, je ne mets pas de perruque et je ne prends pas d’accent». Et si un jour il fâche et perd des spectateurs, tant mieux: «Le XXIe siècle est celui de la niche, on peut se permettre de plaire beaucoup, à un très petit nombre de gens.»

Les radios romandes s’arrachent ses chroniques, on le retrouve sur One Fm, chez les Beaux parleurs de Michel Zendali sur la Première et bientôt dans la Grand Messe de Fathi Derder sur LFM. Il y fait ce qu’il aime: traiter à chaud de l’actualité, sur un ton humoristique. «Ne pas voter c’est arriver au resto et dire: Ouh… je laisse la table d’à côté choisir ce que je mange. Sauf que la table d’à côté, c’est des Suisses allemands! Donc c’est Alpenrösti pour 4 ans! J’espère que t’as l’estomac solide!»

Le Lausannois qui a vécu deux ans à Londres et une année aux Etats-Unis rêverait d’instaurer un Daily show en Suisse, à la Jon Stewart, une émission quotidienne satirique de télévision, traitant de politique intérieure.

Derrière son petit air arrogant de premier de classe, le garçon est sensible. Il utilise la scène comme déversoir. «Plus j’avance dans ma carrière, plus je me permets de dévoiler des choses personnelles.» Il aime choquer la salle en parlant de la mort de sa mère, de sa stérilité ou de son union libre. Tout cela est vrai. «Comment le décès de ma maman lorsque j’avais 20 ans a attendri les filles et m’a permis d’avoir davantage de petites copines? Lors d’un bête contrôle médical, on m’annonce que je suis stérile… Eh bien, quel est l’impact sur un gars de 26 ans qui n’avait pas l’intention d’avoir des enfants? Voyez, on peut aborder des choses très dures avec l’humour et ça soulage!»

Elie Wiesel est le cousin de son grand-père

Il rit de tout en commençant par lui-même. De ses origines juives (Elie Wiesel est le cousin de son grand-père), de son «physique d’informaticien» et de son sale caractère. «J’en parlais l’autre jour avec Timea Bacsinszky. Lorsque tu es connu, tu perds le droit d’avoir ta personnalité: tu dois être sympa, souriant, à la Federer. Moi j’ai toujours été dans mon coin, grincheux, timide, j’ai toujours eu la grosse tête et je ne vois pas pourquoi je changerais!» Il fait le dur, Thomas Wiesel, mais c’est un doux. C’est surtout un intello. «Lorsque je procrastine en écrivant mes chroniques, je me surprends à apprendre le classement des villes les plus peuplées des Etats-Unis. Je connais aussi la liste des vainqueurs du Tour de France». Un brin autiste, (c’est lui qui le dit).

Et auprès des filles, ça a du succès un humoriste? «Avant je surprenais avec mon humour, maintenant on m’attend au tournant. Et puis ça tourne un peu au combat de coq avec les autres mecs présents, à qui sera le plus drôle! C’est assez primitif…» Pas de répit, donc, pour le jeune comique surtout depuis qu’il a opté pour une union libre avec une Parisienne. «On est ensemble mais on se laisse voir d’autres gens. Elle ne m’appartient pas et à chaque fois, c’est un cadeau lorsqu’elle revient vers moi.»

Son agent, Pierre Naftule, a géré la carrière de Joseph Gorgoni, alias Marie-Thérèse Porchet. La première fois qu’il voit Wiesel sur les planches, il se demande ce que deviendrait, avec son aide, ce petit gars qui, à 23 ans déjà, fait rire une salle aux éclats. «Thomas est efficace, il saisit l’actualité du jour et la traite le soir même dans son spectacle». A coups de trajets en TGV et de séjours à Montréal, le producteur sent que son poulain rêve de prés plus verts et plus lointains. «La francophonie entière ne va pas tarder à savoir qui il est, c’est en tout cas ce que j’espère!»

Dans dix jours, Thomas Wiesel sera en tournée dans les pays du Golfe. Pour l’occasion, il a écrit une lettre à ses hôtes, postée sur sa page Facebook. «Chers Dubaïotes et Abu Dhabiens, je suis très content de venir chez vous pour jouer devant des Français. C’est bien la peine de prendre l’avion toutes ces heures pour avoir le même dépaysement qu’à Dijon ou Strasbourg. Sauf qu’à Strasbourg les femmes ne sont pas voilées… et c’est presque dommage!» Impertinent, toujours, et avec sa gueule d’ange, on en redemande.


Profil

2011 Obtient son diplôme à HEC Lausanne et décide de se consacrer entièrement à l’humour

2012 Gagne le concours du Banane Comedy Club à Lausanne et écume les scènes (Montreux Comedy Festival, Morges-sous-rire, Festival de la Cité)

2013 Cumule les chroniques radiophoniques (One FM, LFM, la Première)

2015 Participe au Jamel comedy club sur Canal + et commence une tournée de spectacles avec Nathanaël Rochat

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