Comment le qualifier? Truculent? Incroyable? Dérangeant? Ou tout simplement: fascinant? Diffusé sur Netflix depuis le 20 mars, Tiger King («Au royaume des fauves») est un documentaire qui ne peut laisser personne indifférent. Il est aussi étrange que la coupe mulet peroxydée et les yeux cernés de khôl bleu canard de son personnage principal, Joe Exotic.

Trafics de tigres, mœurs polygames, jalousies, cupidité, envies de meurtres et de vengeance, le tout avec des personnages édentés pour avoir trop abusé de méth, une employée de zoo qui s’est fait croquer l’avant-bras par un fauve et un autre qui se déplace avec deux prothèses colorées, dans un décor d’Amérique profonde et de fauves de tous poils, n’en jetez plus: tous les ingrédients sont là pour expliquer le succès retentissant du documentaire. Avec un élément imprévu. Les Américains se passionnant pour elle, cette saga a permis de relancer une enquête policière sur une étrange disparition d’un millionnaire. Un nouvel épisode surprise, le huitième, devrait bientôt être diffusé.

Il visait la Maison-Blanche

Mais commençons par la fin. Joe Maldonado-Passage né Schreibvogel, alias «Joe Exotic», 57 ans, profite moyennement du succès du documentaire: il purge une peine de 22 ans dans une prison fédérale. Il a été condamné en janvier 2020, reconnu entre autres coupable d’avoir voulu faire tuer Carole Baskin, sa meilleure ennemie, une militante de la cause animale, qui a tout fait pour qu’il ferme son zoo, son royaume de fauves. Joe Exotic aurait payé un homme de main pour l’éliminer. Il aurait récemment contracté le coronavirus, ce qui lui a valu un transfert de sa prison d’Oklahoma à un pénitencier au Texas.

Joe Exotic est un homme à l’ego démesuré, manipulateur, soupe au lait, qui a épousé deux hommes à la fois. Un chanteur de country, passionné de tigres, lions et panthères, qui, pendant des années, gérait un zoo dans l’Oklahoma, où des visiteurs payaient cher pour pouvoir faire des selfies avec des tigreaux. Coréalisé par Eric Goode et Rebecca Chaiklin, Tiger King raconte son histoire, de ses premiers tigres aux derniers, de ses heures de gloire à l’abandon de son projet. Fauché, miné par des batailles judiciaires, abandonné par ses anciens comparses, et même par un mari qui se rend compte qu’il aime en fait les femmes alors que le deuxième s’est tiré une balle dans la tête, Joe Exotic, traqué par le FBI, finit mal. Tous ses rêves se sont effondrés, lui qui en 2016 s’était porté candidat à l’élection présidentielle américaine puis, deux ans plus tard, a tenté de devenir gouverneur de son Etat. Désormais, c’est lui qui se retrouve en cage.

Appel à témoins

Le documentaire nous plonge dans un univers mafieux, de combines et malversations diverses, où les fauves s’apparentent surtout à des liasses de dollars sur pattes. Un univers dans lequel gravite également Carole Baskin, celle qui cherche à apparaître comme la Mère Teresa des animaux avec son refuge de Floride, Big Cat Rescue, où elle récupère les fauves détenus illégalement ou maltraités. Elle témoigne dans le documentaire de la haine obsessionnelle de Joe Exotic à son égard. Elle apparaît souvent aux côtés de son mari. Le troisième. Car le deuxième, Don Lewis, un richissime Américain de vingt ans son aîné, a disparu, en 1997. Personne n’a jamais retrouvé son corps. Il venait d’annoncer à sa femme qu’il souhaitait divorcer. Joe Exotic pense qu’elle l’a tué et donné à manger à ses fauves.

Ces accusations reviennent si souvent dans le documentaire que la police de Floride vient de lancer un nouvel appel à témoins et ressusciter l’enquête qui s’était enlisée. Carole Baskin a fortement réagi. Tiger King a «pour seul objectif d’être aussi salace et sensationnel que possible pour attirer les téléspectateurs», dénonce-t-elle sur la page de son organisation.

Addictive, la folle saga est probablement loin d’être terminée. Elle pourrait encore réserver des surprises. En attendant, Joe Exotic goûte malgré tout à sa nouvelle «célébrité» sur les réseaux sociaux. Il s’exprime d’ailleurs régulièrement via un profil Facebook, pour clamer son innocence. Et si la plupart de ses rêves se sont effondrés, il lui en reste encore un: être incarné au cinéma par Brad Pitt.