Revue de presse

«Time» lance la révolution Buttigieg pour la présidentielle américaine

Le magazine consacre sa couverture au candidat démocrate, version «jamais sans mon Chasten». Posant donc en une avec son époux, et avec ce titre éloquent: «First Family». «Mayor Pete» veut plus que jamais faire la différence

Faut-il d’abord dire qu’il est le plus jeune des candidats pour la présidentielle de 2020? Le plus gai? Celui qui a un nom d’origine maltaise imprononçable mais que l’on finit, à force, par adopter? (Prononcez «boot-edge-edge» ou «Buddha judge», selon l’accent.) Ou alors, faut-il commencer par souligner qu’il est un surdoué des langues, capable de frimer en suédois, en arabe et en français, qu’il a servi six mois en Afghanistan ou qu’il se dépeint lui-même comme un «millennial du Midwest»?

Collés, mais pas serrés

Pete Buttigieg, le maire de South Bend (Indiana), est un phénomène. Quasi inconnu il y a quelques semaines encore, il a décollé comme une fusée, un peu à la manière d’un autre phénomène de la politique américaine, la très combative démocrate new-yorkaise Alexandria Ocasio-Cortez, AOC pour les intimes. Sauf que lui vise, à 37 ans, l’investiture démocrate pour déloger Donald Trump de la Maison-Blanche. Il a d’ailleurs aussi un petit nom: Mayor Pete. Plus simple. Ces jours, il est dans tous les médias américains. Même sur le plateau du populaire animateur Trevor Noah. Impossible de passer à côté.

Mayor Pete, donc, vit avec Chasten, son époux. Ils se sont mariés en juin 2018, à l’église, trois ans après la légalisation du mariage gay par la Cour suprême. Plusieurs vidéos de la cérémonie circulent d’ailleurs sur YouTube. Désormais, c’est ensemble qu’ils posent pour le Time, dont la une a été révélée ce jeudi et a même été saluée par l’ex-directeur de la communication fantasque de Donald Trump, Anthony Scaramucci.

Collés, mais pas trop serrés. Sans mièvrerie ni regards langoureux. A la maison. Les deux hommes, en chemise mais sans cravate, regardent l’objectif, et Pete Buttigieg, d’habitude plutôt souriant, affiche cette fois une mine des plus sérieuses. Il se met dans la posture du président. S’il veut imposer son époux, il le fait avec classe, conscient que certains ont de la peine à s’y faire. D’ailleurs, sur scène, quand les deux s’embrassent, c’est sur la joue. Ou sur le coin des lèvres.

Lire l’article du «Time» ici

Chasten Buttigieg (ex-Glezman), 29 ans, joue parfaitement son rôle de potentiel futur «First Gentleman». Avec humour. Il doit faire face à l’ultra-médiatisation soudaine de son mari, mais à la sienne aussi: les journalistes s’intéressent presque tout autant à lui. Et il se prête au jeu. D’ailleurs, dans les e-mails de campagne que reçoivent les donateurs, journalistes et simples fans, c’est même lui qui prend parfois la plume, pardon: le clavier, façon «Bonjour, je suis l’époux de Pete Buttigieg».

Deux chiens sur Twitter

Le Washington Post vient de lui consacrer un long portrait. On y apprend qu’il a été professeur d’art dramatique, mais aussi barista chez Starbucks pour payer son assurance maladie, et qu’il est tout de même un brin inquiet, à cause de sa subite popularité, d’être pris en train de sentir des déodorants dans le supermarché du coin. Il doit aussi surveiller ses tweets: le voilà avec plus de 300 000 followers (contre près d’un million pour sa moitié), lui qui se présente comme le mari de Pete Buttigieg, mais également comme le papa de deux «first dogs», Truman et Buddy, qui s’éclatent sur leur propre compte Twitter.

Chasten a été raillé pour son homosexualité et dit avoir subi une agression sexuelle. Son coming out tardif a choqué sa famille. Il a préféré partir, quitte à devenir SDF et dormir dans une voiture pendant quelque temps. Sa mère a fini par le rappeler.

C’est en 2015 que Mayor Pete et lui ont eu un premier contact, à travers l’application Hinge, un site de rencontre. Très vite, c’est l’amour fou. L’année de leur rencontre est d’ailleurs l’année où Pete Buttigieg, déjà maire de South Bend, révèle qu’il est gay dans une tribune d’un journal local, devenant par ricochet le premier homme politique de l’Indiana à afficher ouvertement son homosexualité.

Il raconte dans ses Mémoires, Shortest Way Home: One Mayor’s Challenge and a Model for America’s Future (Ed. Liveright), le contexte de sa rencontre avec son futur mari: «Lors de mon 33e anniversaire, j’entamais ma quatrième année comme maire d’une ville d’une certaine importance. J’avais servi dans une guerre à l’étranger, dîné avec des sénateurs et des gouverneurs. J’avais vu la place Rouge et les pyramides de Gizeh, je savais comment commander un sandwich en sept langues et j’étais propriétaire d’une grande maison historique sur la rivière Saint-Joseph. Mais je n’avais absolument aucune idée de ce que c’était que d’être amoureux.»

Les manigances d’un complotiste

Un maire gay, par ailleurs chrétien pratiquant, bientôt premier président gay des Etats-Unis? Dans son édition de mercredi, le New York Times ose la question que beaucoup se posent: un candidat gay peut-il gagner la présidence? La réponse est déjà dans le titre: «Autant que n’importe qui», dans la version papier, et «Vous verrez le mur s’effondrer» sur le web.

Forcément: la question a été posée à Raymond Buckler, président du Parti démocrate du New Hampshire et ouvertement homosexuel. Mais voilà ce qu’il dit: «La victoire d’Obama a prouvé que tout le monde peut rêver de devenir président, la victoire de Trump a prouvé que tout le monde peut devenir président. Buttigieg a autant la capacité de gagner que n’importe qui d’autre.» Sensé.

Mi-avril, Mayor Pete était déjà en couverture du New York Magazine. Mais seul. Avec, une nouvelle fois, un article louangeur sur l’«enfant prodige», «candidat démocrate le plus proche de l’Amérique profonde». Il joue la carte de la transparence, mais il ne compte par pour autant devenir une icône gay avec son orientation sexuelle qui prendrait le dessus sur le reste, même si de riches donateurs homosexuels lui ont permis de récolter d’importantes sommes d’argent pour sa campagne, à une vitesse fulgurante. Il préfère miser sur sa jeunesse et son énergie, alors que les deux candidats en tête des sondages, Joe Biden et Bernie Sanders, ont plus du double de son âge.

Désormais en troisième position dans les sondages – un exploit! – le candidat n’hésite pas à critiquer les démocrates qui s’agrippent à l’espoir de destituer Donald Trump. Lui préfère aller de l’avant, séduire par ses idées plutôt que de camper sur la posture anti-Donald. Il est du style plutôt communicatif.

«Si la substance de vos idées est progressiste, mais qu’elles suscitent la méfiance des conservateurs, vous avez trois possibilités, explique-t-il au Time. L’une est de changer vos idées et de les rendre plus conservatrices. La deuxième est d’être sournois et d’essayer de donner l’impression que vos idées sont plus conservatrices qu’elles ne le sont. Et la troisième, l’approche que je préfère, est de s’en tenir à vos idées, mais d’expliquer pourquoi les conservateurs ne devraient pas avoir peur d’elles.»

Lire aussi: Pete Buttigieg, le jeune démocrate qui a le vent en poupe

L’homme a bien sûr ses détracteurs homophobes, dont Jacob Wohl, complotiste et extrémiste, qui a récemment cherché à salir sa réputation en inventant des histoires d’agressions sexuelles. La une du Time, très remarquée, est donc un beau pari. Comme son ambition de vouloir chasser l’actuel locataire de la Maison-Blanche.


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