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Toni Brunner: «Taifun est capricieuse, dans le bon sens du terme. Quand quelque chose ne lui convient pas, je le remarque vite.»
© Dominic Büttner

Mon animal et moi

Toni Brunner et sa vache Taifun, un couple en parfaite symbiose

L’ex-président de l’UDC s’est entiché d’une valaisanne désormais reine de son troupeau dans le Toggenburg. Dernier volet de cette série festive de duos homme-animal

Pour Taifun, c’est l’heure de la séance wellness. Devant l’écurie, une brosse électrique qui tourne cinq heures par jour pour tout le bétail. Mais sur les hauteurs d’Ebnat-Kappel (SG), dans le Toggenburg, un léger brouillard s’est levé et a voilé le soleil, qui, quelques heures plus tôt, avait transformé le paysage en un décor de carte postale. Il fait froid et Taifun hésite: «Viens, viens», lance son propriétaire, qui, à l’aide de quelques croûtons de pain sec, réussit à l’attirer hors de la litière de l’étable.

Taifun, c’est le dernier «coup de foudre» du conseiller national UDC Toni Brunner. Une vache de la race d’Hérens, qu’il a achetée un lundi de Pâques en 2015. Ce jour-là, elle tape dans l’œil de celui qui était alors encore président de l’UDC et qui avait été invité par son collègue Franz Ruppen à assister à un combat de reines à Rarogne, dans le Haut-Valais. Un sacré mastodonte en vérité! Avec ses 691 kilos, Taifun dégage une puissance impressionnante. Avant même qu’elle pénètre dans l’arène, Toni Brunner négocie son prix avec l’éleveur, mais n’en révèle pas le montant. «En ce qui concerne les finances, un paysan se tait», glisse-t-il, sourire en coin.

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Arrivée à Ebnat-Kappel, Taifun a provoqué une révolution de palais, ou plutôt d’étable. Car cette «étrangère» au pelage tout noir a vite bouleversé la hiérarchie du troupeau de vaches brunes de la race alpine Braunvieh. «Taifun s’est imposée en quelques secondes», destituant la pauvre Linda, raconte Toni Brunner.

Il n’en reste pas moins que la solitude de Taifun sur les hauts plateaux du Toggenburg a ému ses collègues UDC au Palais fédéral, qui l’ont aidé à lui trouver des partenaires d’entraînement. C’est ainsi que Toni Brunner a bâti ce qui ressemble à «une écurie de course». Le banquier Thomas Matter, l’analyste Thomas Aeschi, l’entrepreneur Franz Grüter et le juriste Hans Egloff ont tous acheté l’une de ces vaches qui sont la fierté d’un Valais aimant cultiver ses traditions. Puis ils l’ont confiée à Toni Brunner. De son côté, celui-ci a pour sa part reçu une deuxième bête – Venise – comme cadeau du parti suisse lorsqu’il en a quitté la présidence en avril 2016. Désormais, la race d’Hérens règne en maîtresse sur ce domaine de 18 hectares: il y a 10 vaches, 10 bœufs et 6 veaux.

Mais Taifun est restée la patronne du troupeau. Son propriétaire ne tarit pas d’éloges à son propos. «Elle est combative, attachante, intègre, loyale et disciplinée», se réjouit Toni Brunner. «Et même capricieuse, dans le bon sens du terme. Quand quelque chose ne lui convient pas, je le remarque vite», ajoute-t-il. Il compare parfois ses combattantes à des lutteurs. Il y a les fans de Christian Stucki, le récent vainqueur de la fête folklorique d’Unspunnen – qui évolue tout en puissance –, et ceux d’Armon Orlik – plus athlétique et dynamique. «Ma Taifun, c’est plutôt Orlik.»

Une confiance totale

Toni et Taifun, c’est désormais un couple en parfaite symbiose lorsque le premier conduit sa bête dans l’arène. «Il faut une confiance totale, qui se lit dans le regard», raconte-t-il. Et la confiance, cela se travaille tous les jours. Il faut câliner l’animal, le flatter, le récompenser et même lui chuchoter des secrets à l’oreille. Aux combats dans l’arène, Toni Brunner préfère ceux sur l’alpe, qui ont lieu pendant tout l’été. Ce n’est pas la forme du jour qui compte, mais la constance, «comme au Tour de France cycliste». Et l’été dernier, Taifun a terminé première ex aequo sur un alpage valaisan. «Un résultat sensationnel.»

Pourtant, ce n’est pas pour ses performances de combattante que cette vache est connue dans toute la Suisse. En 2015, Taifun a été l’une des vedettes du clip vidéo («Welcome to SVP») que l’UDC a réalisé à l’occasion des élections fédérales lors desquelles il a raflé 29,4% des suffrages. L’UDC y tourne en dérision tous les clichés qui ont cours à son égard. Christoph Blocher coupe son gazon avec un sécateur, Thomas Matter lave de l’argent sale à la buanderie et Toni Brunner apparaît comme un paysan rustre qui ne partage son pique-nique qu’avec sa vache. Près d’un million de vues à l’heure actuelle: c’est la gloire pour Taifun.

Un élevage peu lucratif

Pourtant, l’amour de la race d’Hérens n’est pas très lucratif. Ses représentantes produisent moitié moins de lait que les autres vaches laitières: 3000 à 4000 kilos par période de lactation (305 jours) pour les premières, contre 5000 à 8000 kilos pour les secondes. «Elever ces vaches, pour lesquelles il faut investir beaucoup de temps car elles sont très sociales, est surtout une passion. Ici, l’aspect économique n’est pas primordial», assure Toni Brunner.

Il y a aussi des moments de grande tristesse. L’été dernier, Lulu, la vache de Thomas Aeschi, âgée de 5 ans, n’a plus pu porter. Il a fallu la conduire à l’abattoir. Il n’en reste plus que quelques morceaux de viande séchée. Mais le nouveau chef de groupe de l’UDC s’est consolé en adoptant Nebraska, un veau qu’a mis au monde Nevada, la vache de Thomas Matter. A l’UDC, on reste en famille. Enfin, pas toujours. Car le taurillon de Taifun a été confié au président d’une commune haut-valaisanne, un agriculteur PDC!

Une vache bien suisse

Sur les réseaux sociaux et sur les sites de médias, cet amour de Toni Brunner pour une vache toute noire lui a valu quelques sarcasmes. «Il est tout de même étrange que notre Toni national, qui n’aime guère les étrangers, fasse une exception pour les animaux», s’est gaussé l’un de ses détracteurs. C’est le seul moment de l’entretien où Toni Brunner perd ce sourire qui est sa marque de fabrique. «D’abord, je n’ai rien contre les étrangers ou les requérants d’asile, mais simplement contre ceux qui violent nos lois. Et ensuite, ces vaches sont bien suisses, même si, ici au Toggenburg, elles paraissent étrangères.»

Au-dessus d’Ebnat-Kappel, la nuit commence à tomber. Toni Brunner regagne sa «maison de la liberté», le restaurant Landgasthof Sonne qu’il dirige. Dans une des arrière-salles, on découvre une demi-douzaine de magnifiques cloches, autant de trophées remportés par les vaches de la race d’Hérens lors des combats de reines. «Mais cet élevage n’est qu’un hobby», précise-t-il. Lui-même est à la fois paysan, restaurateur et politicien. «Dans l’agriculture, on gagne trop peu pour en vivre, mais trop pour en mourir.»

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