Toutankhamon serait peut-être mort d'une infection après s'être cassé la jambe. C'est en tout cas la nouvelle théorie qu'a présentée Zahi Hawass, secrétaire général du Conseil suprême des Antiquités en Egypte, lors d'une annonce à la presse mardi. Cette hypothèse est basée sur l'interprétation d'un scanner réalisé sur la momie dans sa sépulture de la Vallée des Rois, à Louqsor (voir photo ci-contre).

«Bien que la fracture elle-même n'ait pas représenté une menace pour la vie du pharaon, l'infection s'y est installée», a expliqué le grand patron des Antiquités égyptiennes. Tout en précisant que deux Italiens et un Suisse, experts de l'équipe de recherche, estimaient que la fracture avait pu être causée par les embaumeurs. Il s'agit du fémur gauche du jeune pharaon mort à 18 ans.

Les recherches ont été réalisées à l'aide d'un scanner portable fourni par Siemens. Il n'était pas question de déplacer l'antique dépouille 3300 ans après son embaumement. Quelque 1700 images ont été prises en 15 minutes d'examen. Frank Rühli, médecin spécialisé dans la paléopathologie à l'Université de Zurich, les a longuement analysées et c'est notamment sur son expertise que s'est appuyé Zahi Hawass. Mais mardi, à tout seigneur tout honneur, la parole était réservée aux Egyptiens.

Sarcophage ouvert quatre fois

Zahi Hawass a encore relevé que les experts avaient jugé «hautement improbable» la thèse, en vogue un temps, selon laquelle Toutankhamon aurait eu la poitrine enfoncée à la suite d'un accident. Par ailleurs, «en réponse aux théories selon lesquelles le pharaon aurait été assassiné, l'équipe n'a trouvé aucune preuve d'un coup porté à l'arrière de la tête. Et aucune indication d'un autre coup tordu», a-t-il déclaré. On sait que le chef des Antiquités est également persuadé que le corps a été gravement endommagé lors de sa découverte par Howard Carter en 1922.

La momie avait déjà subi un examen aux rayons X en 1968. Les experts avaient alors pensé que le jeune homme avait été assassiné dans la neuvième année de son règne, probablement par son beau-père, grand prêtre d'Akhenaton. Cette théorie, avancée par le professeur R.G. Harrison, de l'Université de Liverpool, était basée sur le fait que le corps comptait de nombreuses fractures. A la suite de ce premier examen, différentes théories ont régulièrement fait surface, convergeant toutes vers la thèse de l'assassinat. Le sarcophage a été ouvert quatre fois depuis sa découverte, sans que le mystère de la mort du jeune pharaon, en 1323 av. J.-C., ne soit élucidée.

Avis genevois

Pour Michel Valloggia, professeur à l'unité d'égyptologie de l'Université de Genève, la thèse de l'assassinat de Toutankhamon n'est qu'une théorie parmi d'autres. «Nous n'avons pas de documents historiques sur cette période. Il est donc difficile d'imaginer de quoi est mort ce pharaon. Nous ne sommes même pas sûrs de sa filiation. Etait-il le fils de Néfertiti? D'une des princesses? Nous ne le savons pas, et le magnifique mobilier retrouvé dans sa sépulture ne nous le dit pas.» Voilà pourquoi les résultats détaillés de la recherche sont attendus avec impatience.