Quel est le point commun entre des trains, des voitures, du papier et des groupes de rock? Un jour ou l’autre depuis plus d’un siècle, tous sont passés par l’ancienne gare de Fribourg. Située juste à côté de la gare actuelle – un hasard? –, elle est sortie de terre en 1872 pour devenir en 2007 un centre culturel, réunissant un café, une salle de spectacles et deux festivals. Le nom de l’association qui gère le café et la salle de spectacle? «Nouveau Monde». C’est peu dire.

Du chef de gare au trentenaire «bobo»

Quand le visiteur arrive dans l’ancien bâtiment des voyageurs, l’ambiance est particulière encore aujourd’hui, même si l’endroit n’est plus une gare depuis 1928. Ses occupants actuels ont su faire renaître l’esprit d’un buffet de gare: chaises en bois, plafonds très hauts, voyageurs de passage et même un léger brouhaha.

A la place du grand hall d’entrée, un café-restaurant. Au lieu des entrepôts sur les côtés, une salle de concert et un espace d’exposition. Au lieu des bureaux à l’étage, deux festivals. En dessous, le sous-sol s’est transformé en loges des artistes. Et la cellule pour les prisonniers transférés en train est devenue un local de stockage.

En fait, l’ancienne gare a toujours été un mélange. Lorsque les trains s’y arrêtaient avant d’aller à Berne ou Lausanne, les voyageurs de tous horizons s’y côtoyaient. Et la clientèle de 2011? C’est aussi un mix, même si certains diront que le lieu est fréquenté par des «trentenaires bobos».

C’est là que les politiciens donnent rendez-vous lorsqu’il faut paraître «branché». «L’endroit est resté un lieu de passage et d’échange», souligne Julien Friderici, directeur de l’association Nouveau Monde. «Il y a des étudiants, des familles, des costard-cravate, des voyageurs.»

De la locomotive au rock

Ce mélange des mondes, Julien Friderici le porte même sur lui! Lorsque nous le rencontrons dans l’ancien hall de gare, il arbore un t-shirt bleu avec un animal étrange: un corps du chien de Disney Pluto et une tête de tyrannosaure. Un «Plutosaure» créé par les graphistes fribourgeois Yeah Creative Partners.

Théâtre professionnel, spectacles familiaux, concerts de groupes de la région, danse, tango sont au programme. Là encore, des styles mélangés: jazz, rock, reggae, électro, métal. Chaque année, 120 spectacles et concerts se donnent dans la salle qui peut accueillir 120 personnes assises et 300 spectateurs debout. Et une fois par an – pour les ados devenus un peu trop grands – c’est la musique des années 90 qui prend possession des lieux pour une «boum» à faire pâlir d’envie les amateurs de slows langoureux. La dernière en a réuni plus de 1000 sur un seul soir.

Mais l’Ancienne Gare, c’est aussi autre chose. Au premier étage, le visiteur trouve des centaines de DVD. Ils viennent du monde entier. Et parmi eux – mais il faut bien chercher – de vieilles cassettes vidéo VHS. C’est l’antre du FIFF, le Festival international de films de Fribourg. Toute l’année, il s’agit de sélectionner les toiles pour la prochaine édition, en mars. «Aujourd’hui, j’ai reçu des DVD du Mexique, de Taïwan et du Maroc», s’amuse Thierry Jobin, directeur du festival et ancien journaliste au Temps. Le festival Belluard Bollwerk a élu domicile à côté.

De l’écurie à mulets à l’abandon

L’Ancienne Gare n’a pas toujours été «ancienne». Elle était très moderne quand elle est apparue en 1872. Avant elle, une simple baraque en bois servait de gare, d’habitation, d’entrepôt et d’écurie à mulets depuis 1862. Et encore, il a fallu batailler pour que le train passe par Fribourg. L’armée craignait qu’une ligne de plaine soit trop vulnérable. Les Fribourgeois ont dépensé 24,5 millions de francs pour la ligne Berne-Lausanne.

En 1905, Fribourg imagine une nouvelle gare. Mais il faut attendre 1928 pour que l’ancienne gare cède sa place au bâtiment actuel, à deux pas. Au cours des décennies suivantes, le bâtiment est parfois presque à l’abandon. «Entre les années 30 et les années 2000, la gare a connu un garage, des commerces et même une papeterie», note Jean-Luc Rime, architecte et président de l’association Pro Fribourg.

Dans les années 90, elle est devenue une zone de parking. Les CFF prévoyaient de la démolir. Mais c’était sans compter sur la hargne des Fribourgeois, des associations du patrimoine et des autorités. Mais qu’en faire? Les projets sont divers: casino, pavillon des sciences et du bilinguisme, lieu culturel pour diverses associations. C’est cette dernière idée qui l’emporte.

Il aura fallu aux environs de 4,5 millions de francs pour voir renaître l’ancienne gare le 7 septembre 2007. Soit 135 ans après qu’elle a vu passer son premier train.