« Dans la Cordillère des Andes, entre 700 et 3000 mètres d’altitude, croît, à l’état sauvage, un arbrisseau de 2 à 4 mètres de hauteur. On l’appelle Erythroxylon coca ou […] «cocaïer». Les fleurs sont petites, blanchâtres et, de ses feuilles, on extrait un alcaloïde bien connu de tous: la cocaïne.

Longtemps, sa culture n’a été pratiquée qu’au Pérou, mais le cocaïer s’est répandu ensuite dans les divers Etats de l’Amérique du Sud: Colombie, Bolivie, Brésil, République Argentine. […]

Depuis fort longtemps, les indigènes de l’Amérique du Sud ont fait usage des feuilles du cocaïer, auxquelles ils attribuaient des propriétés merveilleuses.

Encore aujourd’hui, dans les Andes, ils mastiquent sans cesse un mélange de feuilles de coca et d’une mixture composée de cendres et de certains végétaux.

La coca est loin de mériter une si légendaire réputation. Les feuilles ont l’arôme du thé, et, quand on les mâche, elles présentent un goût parfumé, d’abord, puis une saveur amère. Elles ne sont pas un aliment: des animaux nourris de feuilles de coca dépérissent bien vite. Si l’ingestion de coca supprime la sensation de la faim, c’est que son alcaloïde, la cocaïne, est un anesthésique de la langue et de l’estomac. La coca agit, somme toute, comme le café, le tabac, le bétel, le haschich, etc. L’organisme reçoit un «coup de fouet» qui le rend capable d’un effort violent, mais peu durable. […]

On fait d’abord sécher, à l’ombre, les feuilles entières et les jeunes tiges cueillies; on les met ensuite à macérer dans des cuves en bois où, après divers traitements, on sépare la cocaïne des impuretés en la dissolvant dans une couche de pétrole lampant qui surnage. Pour amener au contact du pétrole toutes les parcelles liquides, on se sert de grands disques manœuvrés à la main d’un mouvement alternatif de haut en bas. L’alcaloïde est ensuite extrait du pétrole et purifié. Le rendement est de l’ordre de deux grammes de cocaïne par kilogramme de feuilles. […]

Comment devient-on cocaïnomane? Pour soulager un coryza, une névralgie, on a utilisé la drogue. Peut-être aussi tenté par l’espoir d’un «paradis artificiel» vanté par un ami, a-t-on prisé la cocaïne d’abord une fois, puis une autre et insensiblement l’intoxication a fait son œuvre. Pendant un certain temps les intoxiqués éprouvent un mieux-être. […] Et lorsque la drogue a cessé d’agir, les usagers deviennent, après la période d’excitation, incapables du moindre effort, une sorte d’angoisse les envahit, les laissant en proie à de terribles frayeurs d’autant plus épouvantables qu’ils étaient tout à l’heure enclins à la gaieté la plus folle, au mépris des vaines contingences, au dédain des luttes, des soucis qui auraient pu les assaillir. Pour chasser tout cela, ils retournent à leur poison, cercle terriblement vicieux. […] Et cela ne peut finir que par les convulsions ou la folie.»