«Personne n'a jamais aperçu une vue d'une telle beauté en Angleterre. D'aussi charmantes scènes ont dû être contemplées par les anges durant leurs vols.» Les chutes Victoria n'ont jamais été aussi admirablement dépeintes que par David Livingstone. Alors qu'il explorait la région du Zambèze depuis 1852, le missionnaire fut conduit en pirogue aux abords des cataractes par la tribu des Makalolo il y a tout juste 150 ans, en novembre 1855. L'Ecossais, qui consacra la moitié de sa vie à découvrir l'Afrique centrale et australe, fut le premier Européen à poser les yeux sur elles. Ses carnets relatent longuement l'émotion que l'endroit lui inspira.

«Le 17, je suis allé visiter avec Sekeletu les chutes appelées Mosi-o-Tunya et plus anciennement Shongwe, dont on aperçoit les colonnes vaporeuses après vingt minutes de navigation à partir de Calaï. [...] De l'endroit où nous nous trouvons, le faîte de ces colonnes va se perdre dans les nuages», écrit-il dans Voyages de missionnaire et Recherches en Afrique du Sud (1857). Et, plus loin: «Tout le paysage est d'une beauté indicible; de grands arbres aux couleurs et aux formes variées garnissent les bords du fleuve et les îles.»

Subjugué par les lieux, cet épris d'aventure rebaptisa «Victoria» les chutes, le plus beau site qui lui eut été donné d'admirer en Afrique, en hommage à sa souveraine, la reine d'Angleterre. L'explorateur laissa aussi son propre nom dans la région, qui plus qu'aucune autre en Afrique conserve la mémoire de son passage. On s'y souvient encore de sa courtoisie et de son absence de préjugés. Il y a ainsi l'île Livingstone, juste au bord des chutes. Et sur les terres, à quelques kilomètres de là, la première ville de Zambie, Livingstone, fondée en 1905, devint la capitale de la Rhodésie du Nord - qui allait devenir la Zambie après l'indépendance de 1964 - jusqu'en 1935, époque à laquelle Lusaka, plus centrale, lui succéda.

Les bâtiments coloniaux au charme désuet qui bordent la rue principale de cette petite ville tranquille attestent de son faste d'antan. Le musée local, le plus ancien et le mieux pourvu du pays, présente, outre une section archéologique et une galerie d'artisanat local, des objets qui ont appartenu à l'aventurier. Cette mission achevée en mai 1856 à l'embouchure du Zambèze dans l'océan Indien, David Livingstone fut accueilli en héros à son retour en Angleterre où il reçut les honneurs de la Royal Geographical Society.

Quelques années après leur découverte, les chutes furent magistralement illustrées par John Thomas Baines. Le peintre anglais, l'un des plus prolifiques de son époque, avait accompagné Livingstone dans son expédition avant d'en être exclu, accusé de larcin. Tombé lui aussi sous le charme des lieux - «le plus joli «coup d'œuil» [sic] que l'âme d'un artiste puisse imaginer» - il publia en 1865 un recueil de ses exquises lithographies.

Un siècle et demi plus tard, le pouvoir de séduction des chutes Victoria est intact. Elles inspirent toujours autant les photographes, les artistes ou les amateurs.