Environnement

«#Trashtag», le défi écolo qui ne décolle pas en Suisse

Des milliers d’internautes diffusent sur les réseaux sociaux des photos d’eux un sac de déchets à la main. Une opération de ramassage qui peine à atteindre la Suisse. Le pays serait-il trop propre?

Les réseaux sociaux sont le temple du narcissisme. Des influenceurs prennent la pose pour combler leur communauté. Rien ne doit dépasser, tout doit être parfait. Des internautes ont eu l’idée de briser cette image policée: ils affichent un grand sourire, un gros sac-poubelle à la main. Ce nouveau défi n’est pas une simple parodie, il vise à nettoyer la planète. Les participants ramassent les déchets près de chez eux, dans une décharge sauvage ou sur une plage. Une fois le ramassage terminé, les participants accompagnent leurs clichés du mot clé #Trashtag.

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L’opération a vu le jour sur la plateforme Reddit, dans un forum baptisé «r/DeTrashed» et suivi par plus de 61 000 personnes. L’Américain Byron Roman a eu l’idée de transformer ce petit jeu en véritable défi. «Voici un nouveau challenge pour vous, les ados qui vous ennuyez. Prenez une photo d’une zone qui a besoin d’être nettoyée, puis prenez une photo après, et publiez-la», explique-t-il sur son compte Facebook. Ramasser des détritus, une idée qui fait mouche. Les internautes sont toujours plus nombreux à participer, de Reddit à Instagram. Sur cette dernière plateforme, on dénombre plus de 31 000 photographies.

«Cet endroit existe-t-il ici?»

Alors que des jeunes manifestent ce vendredi pour le climat, le phénomène n’a pas encore séduit la Suisse. Ce n’est pas faute d’essayer, à en croire une publication sur Reddit. Dans le canal «r/Switzerland», suivi par plus de 22 000 personnes, un utilisateur demande: «Connaissez-vous un endroit qui est totalement jonché de détritus? Cet endroit existe-t-il ici?» La réputation helvétique en matière de nettoyage semble intacte. Localisé à Zoug, l’auteur regrette de ne pas trouver d’endroits suffisamment sales pour s’afficher sur les réseaux sociaux. Il prend la peine de préciser qu’il ne compte pas s’emparer d’un bon plan repéré par un autre internaute: «Ne vous inquiétez pas, je n’irai pas nettoyer votre coin, je suis bien trop paresseux pour ça.»

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Son message a suscité une centaine de commentaires, avec un débat infini sur le niveau de propreté de la Suisse. «Zurich, il y a 30 ans. Quand tu avais le vieux «Needle Park» avec des centaines de drogués qui s’injectaient de l’héroïne en plein jour. Il faudrait peut-être rappeler aux «redditeurs» que la Suisse a eu sa part de problèmes passés et présents», peut-on lire dans la discussion. Un internaute tient à préciser les faits: «Le parc des seringues est maintenant un endroit charmant (et sûr) où aller!» D’autres vantent la perfection japonaise dans ce domaine. «Mon Dieu que c’est propre, étrangement propre», lâche un participant.

Bonne action

On trouve également des anecdotes amusantes. «J’ai fait ma bonne action du jour. J’attendais le train à Genève et j’ai vu une femme jeter une canette de Coca dans la poubelle… mais dans la poubelle à papier! J’ai donc plongé la main dans la poubelle, j’ai récupéré la canette, j’ai dit à la femme qu’elle s’était trompée, avant de mettre la canette dans la poubelle pour l’aluminium.» Un message signé Milleuros, un Hollandais installé au bout du lac.

L’initiative n’est pas nouvelle. Le groupe d’étudiants lausannois Trash Talk part à la chasse aux déchets aux quatre coins du pays dans une série de vidéos. «On a décidé de créer un projet sur les réseaux sociaux pour avoir un impact», confiait au Temps Enéa Cordoba, un membre du projet. Le défi #Trashtag a la même ambition: déclencher une prise de conscience.

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