Mobilité

Travailler à l’étranger, un passage presque obligé

Une expérience internationale est toujours plus nécessaire pour accéder à des postes à responsabilité en Suisse. Une réalité qui pousse des jeunes diplômés à partir travailler un temps loin de chez eux

Philippe et Benjamin sont des Suisses de 22 et 25 ans. Leurs premières expériences de travail? Respectivement à Dubaï et à Palo Alto, dans la Silicon Valley. En ce qui concerne Philippe, consultant pour un grand cabinet de conseil en stratégie, travailler dans ce domaine dans le Golfe représente un tremplin pour sa carrière: «Je le vois comme une façon de gagner en expérience et en crédibilité dans une ville internationale.»

L’expérience internationale en entreprise, un passage parfois obligé. C’est le constat de Sébastien Chauvin, professeur associé en sociologie du travail, du genre et des migrations internationales à l’Université de Lausanne: «C’est aujourd’hui une condition pour accéder aux postes les plus prestigieux dans les entreprises multinationales et dans certaines professions en début de carrière.»

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Le réseau, les interactions…

Si les multinationales encadrent souvent ces départs, l’obligation de partir existe dans d’autres milieux. «A l’Université par exemple, il est de plus en plus nécessaire d’avoir passé du temps à l’étranger pour obtenir un poste en Suisse», explique Sébastien Chauvin. D’autres entreprises «valorisent aussi ces expériences parce qu’elles impliquent une construction de réseau et la maîtrise d’un certain mode d’interaction, en anglais».

Le profil des expatriés a changé. «Depuis une quinzaine d’années, les gens partent toujours plus pour une courte durée, quelques années seulement, et reviennent. Nous sommes loin du Suisse qui s’en va pour toujours à l’étranger», observe Ariane Rustichelli, directrice de l’Organisation des Suisses de l’étranger. Elle rappelle que 10% de la population suisse vit hors des frontières. «La mobilité est toujours plus motivée par des raisons professionnelles, que cela réponde à une attente de l’employeur ou à une circonstance. Durant les études, des programmes d’échanges facilitent déjà la mobilité internationale.» Et ce n’est pas Philippe, qui a étudié à Hongkong, ni Benjamin, étudiant quelques mois à Séoul, qui diront le contraire.

«Chez moi» ailleurs

Quel intérêt pour ces expatriés temporaires? Pour Benjamin, ingénieur informatique de retour de trois mois à Palo Alto, c’était une découverte: «J’avais envie de rencontrer de nouvelles personnes. Et la Silicon Valley est un rêve dans mon domaine, elle représente un grand intérêt pour le CV.» Son expérience internationale ne s’arrête d’ailleurs pas là: il repart travailler pour une durée indéterminée dans une entreprise informatique à Londres. Il sourit: «Ce séjour m’a montré que je peux recréer mon «chez moi» dans l’environnement où je suis.»

Mais partir implique aussi des sacrifices. «Je travaille tard le soir, je ne vis pas dans la même ville que ma famille, mes amis, ma copine, raconte Philippe. Je sais que je rentrerai pour avoir un équilibre entre ma vie personnelle et professionnelle.» Sébastien Chauvin souligne un autre problème: «Ce système convient bien aux hommes et aux célibataires. Mais le séjour à l’étranger comme condition d’ascension défavorise les femmes dans les couples hétérosexuels. Souvent, la conjointe doit suivre, mettant sa carrière entre parenthèses, ou refuser de partir parce que son compagnon doit rester en Suisse.»

Comment vivre entre deux pays?

Pas simple non plus de vivre entre deux pays: «La législation en matière d’assurances sociales ne facilite pas la démarche, juge Ariane Rustichelli. Même après deux ans passés à l’étranger, on se retrouve avec un trou dans sa carrière d’assurance qu’on ne peut pas compenser.» Des questions à régler, selon elle, pour que les Suisses puissent garder cette mobilité, jugée importante: «Les expatriés sont les meilleurs défenseurs de notre pays à l’étranger.»

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