«En Suisse, le risque sismique a longtemps été sous-estimé. Les mesures de protection contre les tremblements de terre sont insuffisantes.» Après les conséquences tragiques des récents tremblements de terre en Italie, le constat prend un relief particulier. Emanant de l'Office fédéral des eaux et de la géologie (OFEG), il figure dans un rapport destiné aux architectes et constructeurs suisses. Le rapport a été publié en septembre dernier.

L'OFEG dénonce le maigre budget de la prévention sismique au regard des risques encourus. Si la rareté des secousses tend à faire oublier à la population et aux autorités le danger qu'elles représentent, le rapport souligne que les dégâts matériels et les pertes humaines que pourrait provoquer une catastrophe sont bien supérieurs à ceux que peuvent occasionner des avalanches ou des inondations. Et une forte secousse en Suisse n'a rien d'imaginaire. Jean-Jacques Wagner, professeur au Département de minéralogie de l'Université de Genève, confirme que si le cas de la Suisse n'est pas comparable à celui de la Turquie ou de l'Italie du Sud, le danger d'un séisme de magnitude 6 sur l'échelle de Richter est réel. Il suffit de se souvenir qu'en 1356, la ville de Bâle, située sur une faille de 10 km toujours active, a été détruite par le séisme le plus grave jamais enregistré en Europe occidentale durant le dernier millénaire. Selon les experts, un tel événement, s'il se produisait aujourd'hui, provoquerait des dégâts pour 50 milliards de francs suisses, sans compter les pertes en vies humaines.

Or il est possible d'abaisser les risques. Par leur évaluation précise d'abord, puis par l'application de codes de construction. En ce qui concerne l'évaluation des risques, Jean-Jacques Wagner relève que de nombreux progrès ont été faits depuis quelques années. Suite à la publication, en 1998, d'un document alarmant de la Société suisse du génie parasismique et de la dynamique des structures (SGEB), la Confédération a mis en place plusieurs organismes chargés de la conseiller et de la seconder dans cette tâche. Dans un cahier des charges entériné en décembre 2000, elle s'est également fixé un programme en sept points pour la période 2001-2004, comme, par exemple, le respect des normes parasismiques pour les constructions fédérales. «Il y a une prise de conscience de la Confédération et le combat mené depuis quelques années commence à porter ses fruits. Mais il ne faut pas s'endormir», conclut Jean-Jacques Wagner.

Pas de normes obligatoires

En pratique, l'établissement du risque commence par l'élaboration de cartes détaillées à quelques dizaines de mètres près. La constitution du sous-sol influence l'impact des ondes sismiques, de sorte que le risque et le type de mesures nécessaire peuvent beaucoup varier d'un endroit à l'autre. Sur la base de ce «micro-zonage», il est possible d'analyser la fragilité des bâtiments construits face aux vibrations attendues, puis éventuellement décider de les renforcer, surtout s'il s'agit d'hôpitaux, d'écoles ou de supermarchés. Il est également envisageable de réduire la vulnérabilité des nouveaux édifices, une mesure qui n'occasionne pas forcément de surcoûts importants.

Pour Olivier Lateltin, responsable de la Centrale de coordination pour la mitigation des séismes de l'OFEG, c'est à ce niveau-là qu'il faut intervenir. Le problème est qu'il n'existe pas de normes obligatoires. Pour ce qui est des anciens édifices, il appartient aux cantons de répertorier les bâtiments non conformes et de s'en occuper, mais seuls dix d'entre eux ont entrepris de le faire. «De nombreux progrès ont été réalisés, mais on n'en fait encore pas assez», souligne le responsable. La situation pourrait évoluer avec la mise en consultation mardi dernier d'un article constitutionnel. Celui-ci prévoit que «la législation sur la protection contre les dangers naturels est une tâche de la Confédération». Mais le changement n'est pas acquis. Les cantons manifestent pour le moment une forte résistance au projet.