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«Très bonne idée» ou «féminisme primaire»: regards de lecteurs sur notre couverture de la grève des femmes

«Le Temps» a publié trois éditions spéciales sur la grève du 14 juin, mouvement d’une ampleur inédite depuis 1991. Une opération qui a suscité des réactions contrastées. Florilège

La semaine dernière, la couleur dominante du Temps était le violet. La rédaction s’est mobilisée pour couvrir la grève des femmes du 14 juin. A cette occasion, trois éditions spéciales ont vu le jour. Un effort éditorial pour marquer notre engagement en faveur de l’égalité. Cette opération a suscité des réactions contrastées: des lecteurs ont salué l’initiative d’un triple hourra quand d’autres ont grincé des dents à la lecture des trois éditions.

Commençons par les courriers élogieux. Une lectrice, après avoir confié sa tentation de résilier son abonnement pour des questions financières, réaffirme son attachement au journal. Elle salue l’édition du 14 juin qui soulignait l’importance des femmes au sein de la rédaction en laissant des espaces vides dans les pages et sur notre site. «Après lecture de votre édition, c’est décidé, je ne vous quitterai pas, du moins pas cette année encore!» écrit-elle, tout en appelant au retour rapide des femmes car «c’est bien la diversité qui fait la richesse de vos articles».

«Immense privilège»

Un fidèle du Temps lâche un cri d’enthousiasme. «Je m’imagine mal sans le journal papier entre les mains. La qualité de vos éditoriaux est constamment d’un haut niveau et c’est un immense privilège de pouvoir vous retrouver tous les jours.» Dans la signature de son courriel, il a glissé une citation du condamné à mort américain Roger W. McGowen: «L’amour n’est qu’à une pensée de distance. Il ne peut jamais s’épuiser. Rappelle-toi de l’utiliser souvent.» Ce lecteur applique la maxime à la lettre, et nous l’en remercions.

«Très bonne idée de matérialiser la grève des femmes en caviardant le numéro de vendredi», applaudit un autre lecteur, avant de poser deux questions: pourquoi avoir réalisé cette opération le vendredi, jour même de la grève? Comment se fait-il que la publicité n’ait pas joué le jeu du grand vide pour rappeler l’importance des femmes? La réponse à la première question se trouve dans l’éditorial «Un média sans elles», qui présentait la démarche. L’édition spéciale à trous n’est effectivement pas le résultat de l’absence effective des femmes de la rédaction, il s’agit d’une mise en scène pour montrer leur rôle crucial dans la fabrication du journal. Un choix qui n’a toutefois pas convaincu une lectrice, qui regrette «un exercice de style un peu artificiel».

Lire aussi: La publicité dans «Le Temps»

La deuxième question fait référence à notre rapport aux annonceurs. Pourquoi n’ont-ils pas suivi le mouvement? Sur ce point, la charte rédactionnelle du Temps est claire: «Il sépare clairement la partie rédactionnelle de la partie publicitaire.» Un projet éditorial n’a donc aucun effet sur les espaces publicitaires. Une frontière étanche présentée suite à la publication de notre édition spéciale sur les enjeux climatiques, dans laquelle se trouvait une annonce pour une compagnie aérienne.

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«Progresso-écolo-féministe»

Après l’enthousiasme et le doute légitime, place à l’agacement. Plusieurs lecteurs ont fait part de leur colère en découvrant nos articles sur la grève des femmes. Un lecteur s’attarde sur l’édition du 13 juin, presque intégralement dévolu au mouvement et à ses enjeux. «Votre numéro du 13 juin, outrancièrement consacré à la grève des femmes au détriment de l’information générale, réduite à une portion plus que congrue et bricolée, est la goutte qui fait déborder mon vase. A quand un numéro promouvant sans retenue mariage pour tous et procréation médicalement assistée à gogo… Votre activisme, voire militantisme progresso-écolo-féministe ne répond plus à mes attentes d’un journalisme certes ouvert et curieux mais aussi équilibré, rigoureux et distancié des modes et des hystéries», se fâche cet habitué du journal. «On en a ras le bol de votre féminisme primaire», se désole un autre lecteur.

Comme nous l’expliquions dans notre article «Le Temps du féminisme», la question des inégalités restera au cœur de notre production journalistique. «Si les discriminations, les écarts de salaire et d’opportunités politiques perdurent, quand bien même l’égalité est inscrite dans la loi, c’est parce que les résistances demeurent à tous les niveaux de la société: économique, familial, politique», expliquait en avril notre journaliste Céline Zünd.

Les moins enthousiastes ont savouré la chronique de Marie-Hélène Miauton, publiée dans le numéro à trous, dans laquelle elle expliquait pourquoi elle ne défilerait pas. «Sur ma tablette, votre numéro du 14 juin m’a paru plus négligé dans la forme que vos éditions précédentes, mais tout aussi bon quant au fond, d’autant plus qu’on y trouvait la délicieuse chronique de Mme Marie-Hélène Miauton.» Sa prise de position, à contre-courant, a irrité ceux qui s’apprêtaient à battre le pavé. «Quand diable cesserez-vous de publier les élucubrations de Mme Miauton? Cette personne n’a rien de constructif ni d’intéressant à dire sur notre époque, par pitié qu’elle cesse ses chroniques qui ne sont que pollution visuelle pour vos lecteurs. Votre journal mérite vraiment mieux que ça!» s’étrangle «un homme qui manifeste avec les femmes». Fallait-il refuser le texte de notre chroniqueuse? Absolument pas. Le Temps défend la liberté d’expression et donne une place à chacun pour faire vivre le débat démocratique. Vous retrouverez la plume acérée de Marie-Hélène Miauton vendredi prochain dans nos pages et dimanche sur notre site, comme d’habitude.

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