Je suis, tu es, il est, nous sommes tous des voyeurs. Nous n'aimons rien tant qu'aller voir derrière le rideau, de scène ou de douche, ce qui se passe dans la vie des «people». En France, on estime à 18 millions le nombre de lecteurs qui se jettent chaque semaine sur la «presse people». En moins de vingt ans, ces journaux ont vu leur diffusion augmenter de 65%, passant de 2,09 millions d'exemplaires hebdomadaires à 3,4 millions. Deux livres parus récemment* décryptent la vie des stars et leurs petits arrangements avec la presse spécialisée. On en apprend de belles.

- Une concurrence féroceJadis, il y avait France Dimanche, Ici Paris, Points de vue, Images du monde pour les têtes couronnées et, pour l'actualité de la semaine, avant la télévision, le vénérable Paris Match. Le paysage a bien changé. VSD, puis Gala sur papier glacé et Voici sans foi ni loi ont changé la donne. Mais c'est surtout l'arrivée de Closer, au printemps 2005, qui a bouleversé le marché et la déontologie. Là où Match arrangeait savamment les «coups» avec les intéressés, de France, de Monaco ou d'ailleurs, Closer avance au Kärcher, comme dirait Nicolas Sarkozy, et déballe tout sans trop se soucier de l'article 9 du Code civil, qui fait de la législation française l'une des plus strictes du monde: «Chacun a droit au respect de sa vie privée.» Closer emporte tout sur son passage et annonce plus de 600000 exemplaires hebdomadaires. Le couple formé par le présentateur du journal de TF1 Jean-Pierre Pernaut et l'ex-Miss France Nathalie Marquay a servi de première victime. Mme Pernaut-Marquay aurait eu une faiblesse pour Daniel Ducruet lors de l'émission La ferme célébrités, sur TF1. Closer a emballé toute la presse people, obligeant même Télé 7 jours, le premier magazine de télé français (près de 2 millions d'exemplaires) à faire reculer les barrières des révélations en même temps que celles du bon goût: 66 couvertures de journaux, 139 photos volées... et 48 procédures judiciaires, toutes gagnées par le couple.

- Tous des starsAlbert de Monaco et ses sœurs, Zinédine Zidane et ses vrais-faux adieux, Johnny Hallyday et son énième retour sur scène, Renaud sorti de l'alcool et de la dépression, les chanteurs, les acteurs, le Festival de Cannes, les animateurs de télévision et les footballeurs du Mondial: tous des people. Mais l'explosion de la téléréalité a aussi fait apparaître sur le marché des pseudo-vedettes Kleenex, qui jouent les reines d'un jour et disparaissent aussi vite qu'elles étaient venues. Dans la presse people, il n'y a pas de hiérarchie. Gérard Depardieu et Jenifer, première gagnante de la Star Ac, Loana et la reine d'Espagne, Brad Pitt et Cauet, Adjani et Steevy, tout se vaut.

- Les politiques s'y mettentL'élection présidentielle en France se déroulera dans moins d'un an. Comme par hasard, les candidats (et la candidate) s'affichent. Ces derniers jours, on a vu le socialiste Dominique Strauss-Kahn dans Match et sur les plateaux de télévision avec son plus charmant joker, sa femme Anne Sinclair, journaliste de télévision. Pour dire quoi? Qu'il aime les pâtes à la tomate et qu'il ne porte pas d'alliance car il a les doigts boudinés. Passionnant. Le centriste François Bayrou, pourtant discret sur sa vie privée, pose avec femme, enfants (il en a six) et chevaux (il en possède une douzaine) autour d'un café, comme dans une pub télé. La favorite des sondages, Ségolène Royal, qui avait déjà invité les photographes à la maternité lors de la naissance de sa fille Flora en 1991 (elle était alors ministre), récidive régulièrement. Son compagnon, François Hollande, semble souhaiter davantage de discrétion. Et l'on n'ose plus parler des déboires conjugaux de Nicolas Sarkozy, dont l'épouse Cécilia est partie et revenue au moins trois fois. Du coup, les photos du ministre accompagné de la journaliste du Figaro avec laquelle il devait refaire sa vie dorment dans un coffre après avoir circulé dans toutes les rédactions, proposées pour 90000 euros... sans trouver preneur.

- Histoires de gros sous

Les people, ça rapporte. Les paparazzis, appareils photo en bandoulière, entraînés comme des militaires, courent, planquent, louent des hélicoptères et des Zodiac, attendent des heures, des jours, des mois. Ils paient des agents immobiliers, des employés des douanes, des salariés des aéroports, des chauffeurs de taxi ou des voituriers de grands hôtels pour pouvoir suivre les people à la trace. Mais quand ils ont la bonne photo, c'est le pactole. Mylène Farmer seins nus peut se monnayer entre 15000 et 40000 euros. Britney Spears et son bébé? 15000 euros. Le mariage de l'animatrice du Maillon faible, Laurence Boccolini? 30000 euros. Celui de Christophe Dechavanne? 50000 euros. Celui de Benjamin Castaldi et Flavie Flament? 150000 euros. Pour Angelina Jolie enceinte, un journal pouvait débourser jusqu'à 300000 euros. Mais seulement... 4000 euros pour le pauvre Jean-Pierre Pernaut, seul dans les rues de Paris, l'été dernier. Souvent, les stars vendent leur image et se partagent le chèque. Mais pas toujours. Et parfois - c'est rare - elles offrent tout gracieusement: ainsi Mamie Mathy pour les photos de son mariage.

Souvent aussi, tout est faux: les stars s'inventent des idylles pour se faire de la publicité ou relancer leur carrière, posent dans des appartements loués pour la circonstance, et veillent en personne aux textes et aux légendes. Comme Isabelle Adjani ou Patrick Bruel, surnommé «une heure d'entretien, trois heures de réécriture».

L'aventure se termine parfois devant la justice, permettant à certains de gagner sur les deux tableaux: on a parlé d'eux dans les gazettes et ils touchent le bingo devant le tribunal. Albert de Monaco, qui vient de reconnaître un deuxième enfant, aurait ainsi touché 92000 euros en 2005, tandis que l'ensemble de la famille Grimaldi empochait 525000 euros. D'autres ont semé et récolté. Les Bruel, Patrick et Aman: 170000 euros. Jean-Jacques Goldman, qui cache soigneusement son image: 93000. Claire Chazal et Philippe Torreton: 53000. Gérard Depardieu, qui collectionne rôles, vins, accidents de moto et même enfants: 55000. Monica Bellucci: 52000. Qu'importe: une ligne «procès» est prévue dans le budget des magazines «people».

- Tous paparazziLes people ne sont pas au bout de leurs peines. Grâce au téléphone portable et à Internet, tout le monde peut photographier tout le monde et écrire n'importe quoi sur n'importe qui. Sur le site «Atelier people» où tout le monde se croit journaliste, on lit ainsi de confondants scoops: «Le réalisateur Erick Zonca achète une pizza trois fromages» (25 février, 20h12); «Yves Saint Laurent promène son chien sur le champ de Mars à Paris (5 février, vers 11h30)». Jean Dujardin et Alexandra Lamy «ont été vus le 28 mai rue Léon Frot». La presse people a de beaux jours devant elle.

* Les dessous de la presse people de Léna Lutaud et Thiébault Dromard. La Martinière, 16,90 euros. People, le grand déballage de Renaud Revel et Laurence Debril. Michel Lafon, 18,50 euros.