Le mot a sa sonorité dansante. «Trictrac», ou «tric-trac», désigne un jeu de dés mis en scène sur un plateau, que les experts appellent tablier. Ce plan est organisé en deux zones se faisant face. Désignés sous le nom de «flèches», les espaces pour poser les pièces ont une forme de triangle.

Les amateurs auront deviné de quoi nous parlons. «Trictrac» constitue l’un des nombreux noms des jeux qui, avec des nuances régionales, forment l’actuel backgammon.

L’univers de ce jeu immémorial nous fournit une batterie de mots sympathiques, d’où émerge par exemple l’expression «bredouille»: le Robert nous raconte que la bredouille désigne une «marque du jeu de tric-trac indiquant que l’on a gagné un certain nombre de points sans que l’adversaire en ait marqué». En somme, des gains à bon prix.

Par la suite, le terme a stigmatisé «une femme qui va au bal sans être invitée une seule fois à danser», précise le dictionnaire, dont la cruauté n’a pas de limite. Etre bredouille, ou revenir bredouille, renvoie donc à un échec. Pourtant, quelle bonne humeur dans cette bedonnante «bredouille»!

Nous consacrerons cette semaine de nos petites saveurs aux jeux de société. Raison pour laquelle nous honorons d’emblée le backgammon. Comme onomatopée, «trictrac» s’est glissé dans l’usage courant, notamment au sens du bruit du monde.

Un genre de fracas global, désignant le chaos ambiant. Très loin, dès lors, de l’organisation précise des flèches du trictrac original et de la redoutable progression des pièces sur le tablier.