Stars du web

Trottinette et exploration urbaine: l’éclate de deux youtubeurs suisses

Ils seront en «happening» ce week-end à Genève pour la troisième édition du Royaume du web. Le rider Benjamin Friant et la mystique Léa Novy racontent leur passion postée sur les réseaux

Il a donné rendez-vous derrière la cathédrale gothique de Bâle, aux murs en grès rose. «J’aime ici la vue sur le Rhin», dit-il. Drôle d’endroit pour une rencontre sachant que Benjamin Friant est un «rider», un roi de la trottinette à sa façon. On imaginait le retrouver sur un skatepark ou devant un mur abondamment tagué à la périphérie de la ville. Il explique: «L’époque un peu racaille de la trott est dépassée, l’image un peu ghetto aussi. C’est désormais plus sain et très sportif. Maintenant tout le monde en a une, même les costumes-cravate.» Le Bâlois de 29 ans est ce que l’on fait de mieux en Suisse en matière de trott. Deux fois vice-champion d’Europe et inventeur de figures comme le Bart Twist, le Skooter et le Flip (les initiés comprendront).

Les 10-15 ans qui vous agacent avec leurs vrilles aériennes et retombées sonores l’ont élevé au rang de star. Soixante mille d’entre eux le suivent sur YouTube et 161 000 sur Instagram. Ce week-end, il sera à Genève, à Palexpo précisément, pour la troisième édition du Royaume du web – un festival qui concentre une jolie palette de stars des réseaux sociaux. Quatorze mille internautes sont attendus (contre 12 500 l’an passé).

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«Il y a un réel engouement parce que cet événement est unique en Europe. Il ne s’agit pas de dédicaces ou de selfies mais de vrais shows et happenings», argue Bertrand Saillen, le directeur artistique qui a lancé l’événement en 2017 avec le youtubeur suisse le Grand JD. Des stars sont attendues comme Natoo, EnjoyPhoenix, Léna Situations, PV Nova, le Monde à l’envers. Une silent party avec casques audio (trois youtubeurs mixent, chacun choisit son canal) pourra accueillir 3000 personnes. Du gaming, du lifestyle, de la danse, un musée du web sont aussi programmés.

Le roi de la trott

Benjamin y animera durant trois jours ce qu’il appelle des challenges avec sa trottinette. Il était un enfant maladivement timide, sujet aux crises d’angoisse, souffrant de problèmes d’élocution. «Le skate, les arts martiaux puis la trott m’ont guéri», affirme-t-il. Première compétition à Montreux en 2005, il figure à un rang honorable. Un an plus tard, il l’emporte devant les deux meilleurs Européens. Enchaîne des démonstrations à travers le monde, les Etats-Unis, la Chine, l’Australie, l’Europe. Il devient youtubeur lorsqu’il poste ses vidéos pour ses sponsors.

«Je créais des figures, il fallait des preuves pour les valider», précise-t-il. Le jeune homme est bricoleur, un peu casse-cou, a beaucoup d’imagination. Il a inventé la trott freestyle des neiges, le water scooter (trottinette sur l’eau), la trott en parapente-tandem et réfléchit à un prototype adapté aux dunes du Sahara. Pour continuer à drainer un public jeune, il produit actuellement des vidéos qu’il qualifie d’un peu «ouf» pour sa communauté. Comme ce concours où le rider qui se rate doit croquer un piment fort. «Les ados adorent ça», dit-il.

Benjamin Friant a ouvert à Bâle l’école Freestyle Scooter Academy, a une centaine d’élèves supervisés par quatre coachs en Suisse alémanique et romande. Son meilleur ami s’appelle Milo, un petit lévrier italien dont les facéties sont très suivies sur les réseaux (@the_one_milo). Lorsque Benjamin le sort en ville, il porte dans l’autre main le couffin de son compagnon, car celui-ci a tendance à s’endormir sitôt que son maître observe une pause. Ce serait là une forme de narcolepsie. Milo ne viendra pas à Genève ce week-end au grand regret des followers de Benjamin.

Léa Novy, entre réincarnation et exploration urbaine

La youtubeuse genevoise Léa Novy (1380 abonnés) est l’une des «guests.» Au contact des célébrités présentes, elle espère échanger et glaner quelques conseils. Léa Novy est à la fois Bretonne, Portugaise et Suisse, a 27 ans, dit qu’elle est très mature pour son âge et qu’elle a une vieille âme. Elle croit en la réincarnation, s’est fabriqué une religion en prenant un peu de toutes les autres. La jeune femme est une spécialiste de «l’urbex» ou exploration urbaine dans des lieux abandonnés comme des usines désaffectées, des friches industrielles, d’anciens hôpitaux et centres sportifs ou des maisons de maître.

«Il y a un côté apocalyptique qui m’attire. Ces endroits ont des histoires de vie et j’aime voir la nature y reprendre ses droits, la végétation y repousse. Quand j’avais 8 ans, j’entrais déjà dans des maisons inhabitées», raconte-t-elle. Elle effectue ses recherches sur Google Maps, balise l’endroit avant de s’y rendre, vérifie s’il n’est pas occupé par des squatteurs. «Je n’y vais jamais seule, cela peut être dangereux ou très angoissant, un ami par exemple a découvert un SDF mort», confie-t-elle.

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Le code de conduite urbex veut que l’on respecte l’endroit, que l’on ne dévoile pas l’adresse, que l’on ne touche à rien, que rien ne soit dégradé ou dérobé. Filmer seulement et commenter. Sa grande trouvaille: une villa genevoise à 50 millions construite en 1957 par l’architecte Georges Brera pour l’ambassadeur d’Autriche de l’époque. Parcelle de 9400 m² avec piscine. Suite à un litige, la maison est demeurée inhabitée durant vingt ans. Léa Novy croit savoir que le World Economic Forum a racheté le tout.

La Genevoise est par ailleurs maquilleuse professionnelle, elle est en contrat avec la RTS et le Grand Théâtre de Genève. Elle met également ses compétences au service de sa chaîne YouTube en filmant, par exemple, sa transformation de jeune fille en nonagénaire grâce au latex. Sa voix prend elle aussi un coup de vieux. L’effet est saisissant. A l’approche d’Halloween, elle propose des transformations très regardées. Elle rêve d’école de cinéma, de maquiller sur des tournages pour connaître des gens, réaliser des courts-métrages. Ce week-end à Palexpo, elle maquillera ceux et celles qui se porteront volontaires. Et il devrait y en avoir. «Ce sera gore», assure-t-elle.


Royaume du web, 4, 5 et 6 octobre à Genève Palexpo.

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