Mobilité

Les trottinettes électriques envahissent les rues américaines

Plusieurs start-up permettent de louer ces engins depuis un smartphone dans de nombreuses villes américaines, suscitant toujours plus de plaintes des autres usagers de l’espace public

Le Temps propose une opération spéciale en racontant, depuis San Francisco, les innovations à venir dans les domaines scientifiques, technologiques ou culturels. Nos seize journalistes, vidéastes et photographes parcourent la ville, la Silicon Valley et la Californie pour découvrir les nouvelles tendances au cœur de ce laboratoire mondial de l’innovation.

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Dans les rues de San Francisco, les trottinettes électriques en libre-service sont de retour. Interdits depuis juin par la municipalité, ces engins à deux roues sont de nouveau autorisés. De quoi ravir les nombreux utilisateurs de cette forme de transport. Mais aussi énerver ceux qui se plaignent de trottinettes mal garées ou circulant sur les trottoirs.

Le phénomène n’est pas limité à San Francisco. De Los Angeles à Washington, en passant par Dallas, Atlanta ou Miami, des milliers de trottinettes ont envahi les rues des grandes villes américaines. Plusieurs start-up, comme Bird, Lime et Spin, se disputent le marché. Elles ont récemment été rejointes par Uber et son grand rival Lyft. Et les investisseurs affluent, soucieux de ne pas manquer ce qui pourrait être la prochaine vague de la mobilité urbaine.

Marché en plein boom

Toutes ces plateformes sont quasiment identiques – jusqu’à leurs engins fabriqués par la même entreprise. Elles permettent de louer une trottinette par l’intermédiaire d’une application mobile qui affiche sur une carte les exemplaires disponibles situés à proximité. La location coûte 1 dollar, puis 15 cents par minute. Une fois arrivé à destination, il suffit simplement de laisser la trottinette sur le trottoir.

«Le succès est incroyable», assure Andrew Chen, associé au sein du prestigieux fonds de capital-risque Andreessen Horowitz, qui a investi l’an passé dans Lime. «Ce marché n’existait même pas il y a neuf mois», renchérit Jack Song, le directeur marketing de cette start-up basée à San Francisco. Depuis leur lancement, les trottinettes ont donné un coup de vieux aux services de location de vélo à la demande. «Il y a un facteur cool qui n’existe pas avec les vélos», avance Jack Song.

Les trottinettes électriques sont avant tout destinées aux courtes distances en centre-ville. Elles ne remplaceront pas totalement les vélos et n’entrent pas directement en concurrence avec les services de voiture avec chauffeurs, davantage utilisés pour des courses plus longues. «Bon marché et omniprésentes, elles entrent en compétition avec la marche à pied», estime ainsi Andrew Chen. Et de s’enthousiasmer: «Imaginez la taille du marché.»

Sur les traces d’Uber

Ce potentiel attire les investisseurs. Depuis le début de l’année, Bird a ainsi levé 550 millions de dollars. Moins d’un an après son lancement, sa valorisation atteint désormais 2 milliards de dollars, du jamais vu dans la high-tech américaine. Sa rivale Lime finalise un tour de table de 250 millions de dollars, sur la base d’une valorisation de 1 milliard, auprès notamment de GV, l’un des fonds d’investissement de Google. «Notre activité requiert beaucoup de capitaux», explique Jack Song.

Entre les différents acteurs du marché, une course-poursuite s’est en effet engagée pour lancer leur service dans le maximum de villes. «La stratégie gagnante consiste à déployer nos trottinettes le plus rapidement possible pour mettre la main sur des marchés», poursuit le responsable de Lime. Ces sociétés veulent aussi arriver avant la mise en place d'une réglementation. Et ainsi se retrouver en position de force pour négocier, en mettant les utilisateurs à contribution afin de faire pression sur les élus.

Cette tactique, utilisée avec succès par Uber à ses débuts, affiche cependant ses limites. De nombreuses villes ont rapidement réagi à l’arrivée de ces plateformes, qui mettent en circulation des centaines, voire des milliers, de trottinettes du jour au lendemain, sans aucune autorisation préalable. A Seattle, Austin, San Diego ou encore Boston, les élus ont interdit Bird, Lime et consorts. D’autres municipalités ont mis en place des permis d’exploitation et limité le nombre d’engins dans leurs rues.

A San Francisco, l’agence municipale chargée des transports est allée encore plus loin. Fin août, elle a décidé de n’attribuer que deux des cinq autorisations pour lesquelles s’affrontaient 12 entreprises. Exit Bird, Lime et Spin, qui avaient débarqué en début d’année sans consulter les élus locaux. Exit aussi Uber et Lyft, et leur historique chargé avec l’agence des transports. Deux petites sociétés ont été choisies: Scoot, un acteur déjà implanté dans la ville où il propose des scooters électriques en libre-service, et Skip, une entreprise connue pour travailler avec les municipalités.

Multiples critiques

Face à la réponse des autorités, les loueurs de trottinettes ont changé d’approche ces derniers mois. Ils parlent désormais de «partenariats», s’engageant par exemple à partager des données sur les trajets effectués par les habitants. Fin août, Bird a par ailleurs dévoilé de nouveaux outils permettant notamment d’interdire la circulation de ses trottinettes dans certains quartiers.

Si ces services ont conquis de nombreux adeptes, ils suscitent aussi de multiples critiques. Sur les réseaux sociaux, les messages s’accumulent pour dénoncer des trottinettes mal garées devant les sorties d’immeuble, au milieu du trottoir ou sur des places de parking… Ou zigzaguant sur les trottoirs entre les piétons. A San Francisco, il n’est pas rare de tomber sur des machines volontairement dégradées. Plusieurs engins ont même été retrouvés dans un lac à Oakland, de l’autre côté de la baie.

Fin septembre, les trottinettes électriques ont fait deux premiers morts aux Etats-Unis, à Dallas et à Washington. Dans de nombreuses villes, les hôpitaux font état d’une forte hausse du nombre de blessés transportés aux urgences après un accident de trottinettes. Les plateformes promettent de nouveaux modèles plus robustes, absorbant davantage les aspérités de la chaussée. Mais dans le même temps, elles viennent d’obtenir une loi en Californie qui ne rend plus obligatoire le port d’un casque.

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