A l’aube des années 1970, Georges Brassens assurait que «les soupirs des anges ne sont en général que de pieux mensonges» dans sa mythique chanson «Quatre-vingt-quinze pour cent» («… du temps, la femme s’emmerde en baisant»). Des rimes qui nous rappellent froidement qu’il n’y a pas si longtemps, les remises en question d’ordre sexuel – de la part des hommes comme des femmes – ne s’étaient pas encore démocratisées.

Un travail en profondeur et en réseau

Depuis ont fleuri toutes sortes de techniques, et l’on voit encore émerger de nouvelles approches. Vanessa Langer, ethnologue et professeure de yoga du Cachemire, axe son travail à la fois sur nos représentations physiques et mentales de la sexualité, sur nos croyances et conditionnements, ainsi que sur l’aspect purement sensoriel. Parallèlement, cette ethnologue sexocorporelle travaille en réseau avec des psychiatres, des sexologues, des thérapeutes de couple, etc. (www.vismaya.ch).

Nos échanges amoureux manquent de fluidité

Au travers de ses accompagnements – ateliers et séances individuelles –, elle relève le «manque de fluidité dans les échanges amoureux». Pour elle, le manque d’épanouissement est encore souvent lié à la méconnaissance sensorielle – «peu de gens prennent le temps d’explorer seuls leur sensualité» –, à l’absence de dialogue – «beaucoup n’osent pas dire de quoi ils ont envie» et aux croyances de toutes sortes. «Il est limitant de penser que l’on peut toujours être disponible au désir sexuel. Il existe des cycles, des périodes favorables, qu’il est important de reconnaître. Et une sexualité satisfaisante ne doit pas forcément passer par l’orgasme. Nous avons des espaces sensoriels très variés à explorer en dehors de ce dernier.»

Micromouvements et respiration

L’ethnologue sexocorporelle mentionne également quelques croyances très ancrées: celle selon laquelle il n’est pas possible de faire l’amour pendant les règles, ou celle selon laquelle un acte sexuel doit passer par la pénétration pour être considéré comme tel.

Son travail passe notamment par une approche sexocoporelle qui consiste à percevoir les sensations du bassin. Les micromouvements, la lenteur. «Les gens se sentent souvent déconnectés de leur corps. En travaillant sur leur schéma psychologique, ils réalisent parfois qu’ils n’ont que peu de ressenti corporel.»

Reprendre contact avec son bassin, son plancher pelvien

Sandra *, 32 ans, a vécu un électrochoc en entrant en contact avec son bassin. «J’ai pris conscience de mes blocages, que je n’avais pas réussi à identifier jusqu’alors». Un exercice qui a métamorphosé sa sexualité, et sa «position sociale de femme, au quotidien».

Toujours sur le plan purement physique, prendre conscience de son plancher pelvien, tant pour l’homme que pour la femme, est un point crucial. Pour les hommes, identifier et travailler la petite dizaine de muscles du périnée pourra régler des problèmes d’éjaculation précoce, entre autres.

Le souffle, une clé essentielle

Autre clé: le souffle. «C’est extrêmement important, assure Vanessa Langer. Il s’agit de conscientiser son mode respiratoire pendant les rapports, d’observer les liens entre la respiration et le corps. Quand est-ce que je coupe mon souffle?» Développer un souffle plus fluide pourrait aider un homme à retarder l’éjaculation, et une femme à diffuser son plaisir de manière plus large.

Enfin, l’échange verbal et la relaxation feront également partie de sa démarche. «C’est cette démarche globale qui fait que quelque chose émerge. Tout à coup dans un exercice, il y a une évidence, et on comprend» témoigne Sandra.

Même une non-sexualité peut être épanouissante

Selon les problématiques, Vanessa Langer proposera de consulter un spécialiste, et réciproquement. L’ethnologue sexocorporelle souligne encore que «nous avons une sexualité épanouie quand nous nous sentons en accord avec nos pratiques. Ce qui peut même être une non-sexualité! Il faut juste savoir où l’on se situe. De nouveau, il existe beaucoup de croyances. Il faut conscientiser toutes ces croyances, qui sont souvent des conditionnements et ne correspondent pas toujours aux envies réelles.»

*Prénom d’emprunt