Faune

Tuer des chats sauvages pour sauver tout le reste

En Australie, le gouvernement a lancé une vaste campagne afin d’éradiquer deux millions de chats sauvages nuisibles qui conduisent à l’extinction d’autres espèces

Des saucisses empoisonnées larguées par avion. Ces parachutages mortels ont été commandés dès 2015 par le gouvernement australien dans le but d’éradiquer les chats sauvages, rapporte le New York Times Magazine cette semaine. En Australie, on estime qu’il s’en trouve entre deux et six millions. Deux cent mille félins ont déjà été tués au cours de la première année d’action, selon le Royal Melbourne Institute of Technology. L’initiative gouvernementale tentera d’en éliminer deux millions d’ici à 2020.

Lire l’article original: Australia Is Deadly Serious About Killing Millions of Cats par The New York Times Magazine

377 millions d’oiseaux et 649 millions de reptiles tués chaque année

Les chats australiens descendent du continent européen qui les utilisait au XVIIIe siècle pour chasser les rats des navires. En 1885, les chats se trouvaient sur toutes les terres australes arides. Leur prolifération a conduit à l’extinction des boodies, cousins du kangourou, qui se sont totalement éteints au milieu du XXe siècle.

Les félins ne se sont pas arrêtés là. Chaque année en Australie, les chats tuent environ 377 millions d’oiseaux et 649 millions de reptiles. «Les chats sauvages sont une menace réelle, très grave pour la santé de notre écosystème», s’inquiète l’ancien ministre australien de l’Environnement, Josh Frydenberg. La densité de félins atteint 100 chats par kilomètre carré dans certaines régions.

Des pièges élaborés

L’écologiste Katherine Moseby, spécialisée en réintroduction d’espèces menacées, et son mari, John Read, ont mis au point toute une série de moyens pour éliminer ces prédateurs du continent. Ces derniers ont inventé un robot capable de reconnaître le passage d’un chat. Une fois repéré, il projette un poison que le chat ingérera plus tard, lorsqu’il se toilettera. Le couple d’activistes australiens a aussi contribué à la mise au point d’un fil de polymère empoisonné. Fixé sur la peau d’une proie potentielle du chat sauvage, le poison s’activera au moment où la proie sera avalée par le prédateur.

Katherine Moseby, cofondatrice de Arid Recovery Reserve, n’aime pas particulièrement inventer ces pièges mortels. Mais «le manque de volonté au sujet des chats entraînera d’autres extinctions. Je ne suis pas prête à rester les bras croisés et à laisser disparaître des espèces menacées parce que je ne veux pas tuer de chats», déclare-t-elle.

L'animal de compagnie, un terrain émotionnel

La fin justifie-t-elle tous les moyens? Des images de chasseurs abattant les chats au tir à l’arc, hobby prisé bien qu’échappant à tout encadrement officiel, ont été diffusées dans les médias. Le tollé ne s’est pas fait attendre, et certains de ces chasseurs reçoivent depuis des menaces de mort. Face aux dérives, des membres de la communauté scientifique, bien que favorables au programme de préservation d’autres espèces sauvages, sont montés au créneau.

L’initiative gouvernementale n’est pourtant pas une première. Des mesures similaires visant à réduire la population de lapins avaient été prises en 2017, en libérant une nouvelle souche d’un virus (appelé RHDV1 K5) très contagieuse. La décision avait moins ému, à l’époque. Mais l’image du chat, animal de compagnie précieux (et roi d’internet), nécessite une communication plus délicate. «Ils déclenchent des émotions chez les gens», souligne Katherine Moseby. C’est ce terrain émotionnel que le gouvernement doit ménager s’il veut pouvoir réguler les autres espèces menacées.

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