Jean-Luc Godard, qui est aussi prolifique en maximes que La Rochefoucauld, affirme que l'on baisse la tête pour regarder la télévision, mais qu'on la lève au cinéma. Il n'empêche: un type de télévision permet tout de même de relever le chef. Naguère confidentiel, le projecteur vidéo est de plus en plus populaire, surtout en cette période de Coupe du monde de football. «Par rapport à l'an dernier, nos ventes de projecteurs ont augmenté de 17% au mois de mai», remarque Guillaume Haase, responsable de la TV à la Fnac Suisse. «Disons que sur une année pleine, 10% du marché TV est désormais détenu par ces appareils, nuance Bruno Wüst, responsable du marketing de John Lay SA, l'importateur de Panasonic. Il se vend 40000 beamers par an en Suisse, contre 400000 postes TV.»

L'avantage n° 1 du «beamer», ou projecteur vidéo, est son imbattable rapport prix/taille de l'image. Alors qu'il faut mettre une fortune pour avoir un très grand écran plasma, qui en plus consommera l'équivalent de la production d'électricité d'une centrale au charbon, un bon appareil capable de projeter au mur une image de 1,80mètre de base se négocie autour des 2500 francs.

L'autre avantage du projecteur est social: il permet de regarder en groupe une émission TV. Alors que les écrans plats tolèrent peu d'être regardés de biais, l'image projetée contre un mur clair ou un écran autorise de multiples angles de vue. Même remarque pour le cinéma, ainsi que pour les jeux vidéo: «Il est par exemple possible d'être quatre joueurs et de diviser la grande image en quatre», note Jean-Charles Canet, journaliste spécialisé au magazine TV8.

Avant l'achat d'un projecteur, Guillaume Haase recommande une attention particulière à une série de critères: «Il faut s'intéresser d'abord à la luminosité de l'appareil, qui se calcule en Ansi Lumens, puis au contraste et à la résolution. Il faut également prêter attention à la focale: plus elle sera courte, plus permettra à distance égale d'avoir une grande image. Enfin, il faut vérifier la connectique, c'est-à-dire la possibilité ou non de brancher sur le projecteur un tuner, une console de jeu, un lecteur de DVD ou un ordinateur portable. Quant aux deux techniques de beamers, le DLP et le LCD, disons qu'elles ont aujourd'hui des performances plus ou moins équivalentes.»

Ce spécialiste n'insiste pas pour des prunes sur les performances lumineuses des beamers: même si elle s'est améliorée ces dernières années, l'image projetée n'apprécie guère l'intrusion de la lumière du jour, même à faible dose.

Beaucoup d'aficionados des projecteurs ne les utilisent que pour le cinéma ou les jeux. Ils ont une pièce réservée pour cette activité, font peindre un mur avec les bonnes teintes et le bon grain, ou se dotent d'un écran souple à surface mate, dont le prix varie de 300 à 4500 francs si l'on désire un grand format 16:9 à mécanisme motorisé. Et les fans se félicitent du silence de la nouvelle génération de beamers (les ventilateurs des anciens appareils étaient très bruyants) ainsi que de la qualité plus uniforme, moins tramée de l'image.

Attention, un projecteur seul ne peut pas retransmettre une émission TV. Il faut l'équiper d'un tuner, le composant qui convertit les signaux télévisés en images (dès 150 francs), ou d'un lecteur DVD qui jouera le même rôle. Les beamers bon marché se prêtent plutôt à une utilisation scolaire ou professionnelle. La gamme moyenne à 2500-3500francs, tels le Sanyo PLV-Z4, le Panasonic PT-AE 900 ou le Sony VPL-HS50 sont conçus pour le Home Cinema et la haute définition 720 lignes (HD Ready). Les appareils en super haute définition 1080 lignes (Full HD) arriveront sur le marché en fin d'année.

Ultime détail, qui peut coûter plusieurs milliers de francs. Inviter chez soi des proches pour voir sur grand écran un match du Mondial ne doit pas être déclaré à Billag, l'organe suisse d'encaissement des redevances TV, pour autant que la réception de la télévision soit déjà annoncée. En revanche, si l'on organise à coups de flyers une projection de la Coupe du monde, une déclaration est requise. Comme la période de réception ne dure en l'occurrence qu'un seul mois (sur juin et juillet), Billag ne perçoit aucune redevance. Mais si la projection est publique, la redevance s'élève à 47,35 francs par mois, droits d'auteurs compris. Et si l'écran a plus de 3 mètres de diagonale, c'est la Suisa qui procédera à la facturation des droits d'auteurs en appliquant un tarif spécial, dit «3T».

Billag reçoit actuellement une trentaine de demandes de renseignements par jour, pour l'essentiel des paroisses, associations, amicales ou sapeurs-pompiers qui organisent des projections du Mondial. Les 80 contrôleurs de Billag, qui passent habituellement de ménage en ménage pour vérifier si ces derniers s'acquittent bien de la redevance, n'ont pas reçu de consignes particulières pour la Coupe du monde, précise le porte-parole de Billag, Jonny Kopp. Celui-ci rappelle toutefois que l'amende en cas d'infraction peut coûter jusqu'à 5000 francs.

Infos sur la redevance Billag: 026/351 28 16 ou http://www.billag.com