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La pression sociale est forte pour la réussite de la soirée de la Saint-Sylvestre.
© DariuszSankowski/Pixabay

Rituel

La tyrannie du Nouvel An réussi 

Après Noël lundi prochain, le réveillon de la Saint-Sylvestre le dimanche suivant. Une soirée qui peut prendre une tournure angoissante, tant la pression est grande pour qu’il soit réussi

«Tu fais quoi pour Nouvel An?» La petite phrase, souvent entendue au cours du mois de décembre, donne à certains des sueurs froides. C’est le cas pour Sonia*, 26 ans, étudiante en communication à l’Université de Genève: «Chaque Nouvel An est une prise de tête depuis plusieurs années.» Pour elle, l’approche du 31 décembre annonce une organisation compliquée: «On se demande avec qui fêter, que faire, est-ce qu’on sort ou non… Au final on s’amuse toujours, mais avant la soirée, c’est un peu pénible.»

Pas toujours facile, en effet, de choisir de quoi le réveillon de la Saint-Sylvestre sera fait. On se souvient de l’épisode de la mini-série française Bref, dans lequel le protagoniste, incapable de se décider, enchaîne différentes soirées de Nouvel An. Résultat: à minuit, il le «célèbre» avec un sans-abri dans le métro. «Aujourd’hui, il y a tellement de possibilités de soirées qu’il est difficile d’en choisir une, cela fait partie du jeu: on peut toujours trouver mieux», analyse l’ethnologue française Martine Segalen.

Faire la fête à tout prix, une obsession qui lasse. Chantal, 24 ans, étudiante en lettres à l’Université de Genève, assume aujourd’hui de ne plus rien prévoir. «Adolescente, j’avais l’impression de devoir me forcer pour que Nouvel An soit la soirée la plus réussie de l’année. Il y a l’idée que si tu ne sors pas ce soir-là, tu es un loser. Maintenant je trouve ça surfait.» Elle rit: «J’ai réalisé que mon meilleur Nouvel An était une soirée raclette avec une amie où on a fini par regarder Bob l’Eponge. On était allées dormir à minuit et quart!»

Un présage pour l’année qui vient

Mais pourquoi un tel enjeu autour d’une soirée? «Cela fait partie des jours où tout le monde est censé faire la fête. Il y a une attente, presque une obligation à être harmonieux, heureux», explique Christian Staerklé, professeur associé en psychologie sociale à l’Université de Lausanne. Et si le réveillon n’est pas à la hauteur des attentes, les conséquences semblent dépasser celles d’une simple soirée ratée: «Il y a cette croyance populaire que c’est un présage de l’année qui vient. Si la soirée est mauvaise, cela pourrait être un signe négatif pour le futur.» Une forme de superstition, en somme.

Car la soirée de la Saint-Sylvestre regorge de symboles: bonnes résolutions, douze coups de minuit, feux d’artifice. «Pour beaucoup de gens, c’est un rite de passage, et ils placent beaucoup d’espoir en la nouvelle année», estime Christian Staerklé. Martine Segalen relativise cependant: «L’obligation de faire la fête pèse surtout sur les jeunes, des milliers de gens décident aussi de rester devant leur télévision.»

Et pourquoi ne pas improviser?

Alors, ce 31 décembre 2017, comment célébrer sans se stresser? Sonia a trouvé la solution depuis deux ans: «Je passe la soirée avec mon copain et son groupe. Même si mes amis me manquent, je suis avec lui. Et puis, ne pas organiser et me laisser porter me permet d’avoir moins d’attentes et donc moins de pression.»

Et improviser? C’est l’idée de Chantal. Elle se laissera guider le moment venu: «Je n’ai pas envie que cette soirée prenne de l’espace dans ma tête, je partirai peut-être quelque part à la dernière minute. J’aimerais me sentir complètement libre de fêter, de ne pas fêter, ou même de donner ce temps à d’autres, comme bénévole, par exemple.» Mais si Chantal aime faire la fête, peu importe que cette nuit-là soit inoubliable: «La meilleure soirée de ma vie n’a jamais été un Nouvel An, ça, c’est sûr!»

* Prénom fictif

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