Le mot émane du vaudois. C’est-à-dire d’une langue de l’à-peu-près, mais pas trop. Pourtant, audace, il évoque une chose précise: la tzergosse désigne une luge à foin. Un long traîneau utilisé pour amener leur pitance aux bêtes prises dans la neige, lors d’un hiver qui se révèle, chacun le dit, plus rude que le précédent.

L’origine linguistique de notre «tzergosse» semble se perdre dans la nuit des temps des Préalpes vaudoises.

On récolte le mot dans Le parler vaudois, de Gilles. Le poète et chansonnier abordait sans ambages la manière vaudoise de s’exprimer. Ou plutôt, précisément, de ne pas s’exprimer:

Le Vaudois, la chose est certaine

N’aime pas les mots trop précis

Leur exactitude le gêne

Sauf s’il s’agit de trois décis.

Néanmoins, notre «tzergosse» avait sa fonction. Sur Internet, les curieux trouveront d’innombrables exemples d’usages, en images, d’une luge à foin.

Dans le texte, on touche là toute la délicieuse contradiction de la caricature de Gilles, satiriste de la mollesse du parler local; et qui pourtant, dans sa démonstration, mentionne des termes vaudois d’une redoutable précision. Dans son ode acidulée, entre deux allusions à un énième coup de blanc, il cite le «trabedzet», la «bedoume» ou le «penatzet».

Mais le poète avait saisi l’essentiel. Ainsi, quand il dissertait sur la tournure régionale du terme «joli», un genre de diminutif de toute forme d’émotion, surtout quand elle est poignante. A propos du Vaudois, il disait:

Il préfère au beau le joli

Qui est du beau, mais ramolli.